Service national universel : Macron en marche forcée
Genèse d’un couac gouvernemental

Le chef de l’État veut remettre sur les rails son projet de service obligatoire qui ne figurait pas tel quel dans son programme, mais prévoyait à l’origine que le renforcement du service civique mis en place par François Hollande.

Jusqu’à présent, la confusion règne…Voyons donc la chronologie de la probable genèse d’un couac gouvernemental.

18 mars 2017, hôtel des Arts et Métiers:

La promesse surprise de Macron est de créer «un service national universel, encadré par les armées et la gendarmerie nationale qui s’adressera aux jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge (Français âgés de 18 à 21 ans), soit environ 600.000 jeunes par an »… en vue d’inculquer «de la discipline, de l’autorité, des priorités stratégies de la France», mais aussi «des activités physiques et sportives pour permettre la cohésion».

La durée prévue était d’un mois pour un coût estimé d’abord entre 2 et 3 milliards d’euros par an «en régime de croisière».

Juin 2017: un premier rapport s’inquiète des coûts

L’investissement de départ jugé «trop élevé» (Serge Lepeltier UDI) est évalué entre 1,5 et 2 milliards par an. Les sénateurs Jean-Pierre Raffarin et Daniel Reiner estiment le coût du projet à 30 milliards d’euros sur cinq ans.

Quoi qu’il en soit, le fondateur d’En Marche! a promis que son financement ne pèserait pas sur le budget de la Défense.

Janvier 2018: les députés proposent un «parcours citoyen», Macron persiste

Un premier rapport met en doute la capacité des armées à mettre en œuvre la promesse.

Lors d’un point presse tenu le 20 octobre, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, confirme la volonté présidentielle d’instaurer un service national universel d’un mois. Elle juge également «fantaisiste» le contenu du rapport Raffarin-Reiner, prévenant que «si le coût budgétaire dépasse nos ambitions, il faudra retravailler le projet». L’entourage de la secrétaire d’État confirme cependant que le dispositif s’annonce «très lourd en termes d’organisation et de budget».

En janvier 2018, France Info révèle quelques députés LREM qui planchent sur le sujet envisagent de remplacer le service national par un «parcours citoyen» d’une semaine par an, destiné aux collégiens et élèves de seconde, âgés de 10 à 16 ans, soit un dévoiement total de la promesse macronienne.

Lors de ses vœux aux armées le 19 janvier, Emmanuel Macron persiste et signe en confirmant que le SNU «sera mené à son terme» et « entrera à bon port et sera conduit par l’ensemble des ministères concernés, et pas simplement par le ministère des Armées, il aura un financement ad hoc, qui ne viendra en rien impacter la loi de programmation militaire 2019-2025…»

9 et 11 février 2018 divergences au sein du gouvernement

Depuis, le projet a, à nouveau, du plomb dans l’aile. Dans un avis rendu le 30 janvier au ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ), un cercle d’experts, préconise de ne pas rendre le service national universel obligatoire.

Un autre rapport, commandé par le premier ministre Édouard Philippe et que le journal Les Échos s’est procuré, envisage trois scénarii d’application de la mesure et met surtout le doigt sur ses «contraintes» juridiques, budgétaires et logistiques.

Le 9 février la ministre des Armées Florence Parly, dans un souci apparent de maîtriser ses budgets déclare que le service national n’aurait probablement «pas un caractère obligatoire»

Le surlendemain, c’est au tour de Gérard Collomb d’entrer dans la danse: «Le président de la République (…) a une qualité, c’est la persévérance dans les idées. Aujourd’hui, on est en train de réfléchir sur la forme que cela pourrait prendre mais il a encore réaffirmé récemment qu’il voulait faire ce genre de service obligatoire».

13 février 2018 Macron ferme le ban

Lors d’un long entretien accordé le 13 février à des journalistes de l’Association de la presse présidentielle, le chef de l’État a dû sortir de sa réserve pour mettre fin aux ambiguïtés et déclare «Je souhaite un service obligatoire, ouvert aux femmes et aux hommes [pouvant avoir] une ouverture sur la chose militaire [mais] dont la forme pourra être civique»  et envisage un laps de temps plus long que le seul mois initialement prévu.

Eu égard à toutes les critiques et controverses Emmanuel Macron a chargé un groupe de travail en vue de mettre en musique son fameux projet qui, à ce jour, semble toujours irréalisable.

Ledit groupe de travail qui a planché sur le service national universel a remis au président Macron le rapport commandé. Ce SNU pourrait être lancé dès le premier semestre 2019 si l’Élysée donne le feu vert et trouve les financements nécessaires à sa mise en place.

Il semblerait que ce projet comporte les recommandations suivantes :

– ne pas être un service militaire,

– comprendre une première phase, obligatoire, d’une durée de 4 semaines pour tous les jeunes de 15 à 18 ans,

–  suivie d’une seconde phase, sur la base du volontariat, entre 3 et 6 mois

Le projet doit enfin faire l’objet d’une consultation des jeunes.

Le projet semble donc loin d’être abouti compte tenu notamment du coût probablement exorbitant, des besoins en moyens logistiques (hébergement, personnel…etc…) mais aussi de l’acceptation d’un tel service par la jeunesse d’aujourd’hui.

En tout état de cause, dans une tribune qui vient d’être publiée par le journal du dimanche, un collectif rassemblant un large panel de mouvements de jeunesse fustige d’ores et déjà les «incohérences» et le caractère «contraignant» du projet de service national universel du gouvernement.

«Nous ne voulons pas d’un service national obligatoire».

Le service national universel voulu par Emmanuel Macron est-il voué à s’engluer dans une guerre de rapports d’experts ? Sera-t-il accepté par les jeunes concernés ?

Les contradictions des différents scénarii proposés par les (trop) nombreux « acteurs» dénotent l’improvisation flagrante dudit projet. Les valses hésitations macroniennes perdurent et démontrent, si besoin est, que la communication est le vecteur essentiel des politiques stériles menées à grand bruit par l’exécutif et pour probablement très peu de résultats. Toutes les montagnes ont, jusqu’à présent, accouché de petites souris.

Les tranches de jeunes de 15 / 18 ans concernées par les projets de service national universel sont elles encore très réceptives aux règles civiques indispensables ?

Les durées invoquées : 6 mois, 3 mois, 4 semaines voire  1 seule sont elles de nature à permettre l’inculcation de quoique ce soit, même des rudiments des règles élémentaires pour vivre en société ?

Initier  une instruction civique et morale de qualité et ambitieuse au niveau de l’éducation nationale, dès les petites classes serait sûrement plus efficace et surtout moins coûteux pour préparer à l’avenir la jeunesse d’aujourd’hui.

Le retour sur un service national pour régler les problèmes de société parait chimérique et disproportionné par rapport à l’ampleur des obstacles à affronter.

Au bout du compte ce service national universel pourrait ne jamais voir le jour car il semble être, dans le meilleur des cas, une immense gageure.