REFUS DE L’IMMIGRATION : UNE VAGUE QUI S’ETEND
Par Ivan Rioufol le 5 mars 2018 (Le Figaro)

Plus les avertissements électoraux  se multiplient, plus les dirigeants et leurs médias dénoncent la montée du « populisme ». Dans leur vocabulaire, ce mot vaut disqualification, alors même qu’il est l’expression de la démocratie.

Jamais l’oligarchie n’a été à ce point coupée des gens. Les alertes que ne cessent de lancer les Britanniques, les Américains du nord, les Polonais, les Danois, les Autrichiens, les Français etc. persistent  à ne  pas  être  comprises  par une caste persuadée d’avoir  raison.

Le dénominateur commun du réveil des peuples est partout le même : un refus d’aller plus loin dans l’ouverture à une immigration de peuplement qui ne s’intègre plus, sinon à la marge. Ce faisant, c’est la philosophie même de l’Union européenne, construite sur l’ouverture des frontières et le multiculturalisme,  qui  est  chaque  fois  un  peu  plus  remise  en  question.

L’humanitarisme  et l’universalisme, ces valeurs dont se gobergent les adeptes de la mondialisation, sont rejetés par une large partie de l’opinion européenne. Il va bien falloir que cette évidence, partagée de l’est à l’ouest de l’UE, soit prise en compte dans les politiques décidées à Bruxelles.

Les résultats des législatives italiennes s’inscrivent  dans  cette  vague  souverainiste  et protestataire. En l’occurrence, elle a été amplifiée par le fiasco libyen qui a fait se déverser des milliers de clandestins musulmans sur les côtes de la Péninsule.

C’est cette même vague de fond qui a ébranlé Angela Merkel en Allemagne après sa politique migratoire insensée de 2015 : sa coalition gouvernementale a été bouclée avec des bouts de ficelles. Mayotte, submergée par une immigration illégale, est gagnée à son tour par  un mouvement de  contestation  populaire  contre  l’insécurité.

La  nouvelle dynamique n’est plus  celle  des  luttes  sociales.  Elle  est  celle  des  luttes  identitaires.  Elles  opposent  un  peu partout,  pour  reprendre la  distinction proposée par le  politologue  britannique  David  Goodhart, « ceux de n’importe où » à « ceux de quelque part ». La Macronie, ce club de belles âmes qui se pince le  nez  devant  les  « ploucs »  trop lucides,  serait  bien  inspirée  d’écouter  ce que disent  les peuples européens excédés.