Réflexion faite
 
Il est important pour nous, après le temps raisonnable d‘analyse, de vous communiquer notre réflexion à propos du résultat de la dernière élection européenne.

D’abord pour dire qu’il ne pouvait en être autrement.
En effet depuis l’affaire Fillon bon nombre de leaders LR ont marqué leur désaccord en se détournant de leur parti, en commençant par les élus de grandes régions ou de grandes villes.
Certains de sensibilité sociale centriste ont rejoint le mouvement Macroniste La République En Marche (LREM), d’autres plutôt nationalistes ou souverainistes se sont rapprochés du Front National (FN) devenu depuis le Rassemblement National (RN), d’autres encore se sont placés en marge du parti LR sans pour autant adhérer à un autre mouvement ou ont encore créé leur propre courant.

Ensuite pour constater que le candidat choisi, s‘il a montré des capacités indéniables de compétence, d‘endurance et de sang-froid lors des débats de grande culture y compris politique, ne répondait pas à la majorité des attentes des électeurs de sensibilité de droite. Son éducation dans le respect de l’adversaire a été interprétée comme une forme de la faiblesse par les plus rigides et la mise en avant trop souvent réitérée de sa sensibilité religieuse lui a valu d’apparaitre par trop sectaire.
Cette fragmentation du parti LR ne pouvait pas être résolue par la campagne menée par François Xavier Bellamy.

Ces remarques doivent toutefois être pondérées par le fait qu’il s’agissait d’une élection européenne à laquelle a été apportée, en partie, une réponse nationale.
L’attitude d’Émmanuel Macron, son omniprésence et son implication personnelle des derniers jours de campagne sont en grande partie la cause du résultat que nous observons. C’est un vote pour ou contre Macron qui se dessine dans le résultat français de cette élection.

Dans ces conditions le fort pourcentage des voix accordé au mouvement Europe Écologie Les Verts (EELV) peut également être interprété en ce sens.
Il constitue une grande surprise non prévue par les sondages car il s’agit en grande partie d’un refus de la part d’une frange d’électeurs qui n’a pas pu voter pour LR ou n’a pas voulu apporter sa voix au RN tout en manifestant un mécontentement vis à vis de la politique menée par Emmanuel Macron.
Il faut attendre le résultat d’élections nationales futures pour analyser sérieusement le résultat du mouvement écologiste.
À titre de comparaison lors de l’élection européenne de 2009 les verts avaient réalisé un score de 16,28% pour ensuite se retrouver à 2,31% lors de l’élection présidentielle de 2012.

Le parti traditionnel de droite LR se trouve face à une période à risque. Son éclatement devient possible et semble se dessiner.
Des voix, jusque là silencieuses, se font entendre et proposent la création d’un nouveau parti de droite plus rassembleur ayant vocation à récupérer les voix de droite centriste proches de La République En Marche. C’est le sens de la proposition notamment du Président du Sénat Gérard Larcher.
De plus on entend certains appels en direction des maires élus de droite les invitant a rejoindre ou se rapprocher de La République En Marche.
Le total des élus LR , villes, départements, régions, est de loin le bloc le plus important. Cette droite est toujours majoritaire et proche des réalités du terrain. L’équilibre politique de notre pays a plus que jamais besoin de ces élus pour contrôler les approximations du RN et ses engagements dans le sens du vent.
Nous ne croyons pas à la disparition du plafond de verre. Mais nous constatons la manipulation habile de Macron pour se débarrasser de la seule concurrence crédible, car fortement implantée dans le pays et majoritaire dans les cœurs et les esprits.

L’étude fine de la composition de l’électorat Macron faite par les sondeurs, montre que LREM se « remplit » par la droite et se « vide » par la gauche. Cela a permis de sauver les meubles ce 26 mai, et peut ravir les transfuges qui ont aussitôt lancé des appels vers les notables et électeurs restant fidèles aux Républicains. Ce qui leur apparaît comme une force est en réalité une faiblesse et démontre la volatilité du vote Macron qui est plutôt un vote d’opportunité que de conviction.

De l’opportunité à l’opportunisme, il n’y a guère de différence lorsque l’on songe surtout à gagner ou préserver des places. Mais, si demain, l’offre politique s’améliore à gauche et à droite, il suffira du glissement de quelques points de pourcentage pour que l’électorat de LREM se réduise notablement.

En outre, il n’est pas certain que les militants et députés macroniens venus de la gauche se satisferont de la droitisation en cours et de la surreprésentation des transfuges de droite au sein de la macronie.
Faire en sorte de fermer toute perspective d’alternance en favorisant le maintien du Rassemblement National à un haut niveau pour ensuite être assuré de gagner, relève assurément d’un calcul pervers purement politicien et d’un jeu avec le feu.

La droite traditionnelle est pour l’instant privée de perspective tant qu’un leader n’a pas émergé et le potentiel de la gauche en suffrages reste significatif.
Elle a su s’unir dans le passé et rien n’interdit de penser qu’elle ne serait pas capable de le refaire. Après la déconfiture de 1969, elle s’est relevée et a menacé sérieusement la majorité de l’époque dès 1973 et 1974. Ainsi, même si les temps ont changé, les données politiques sont loin d’être désormais aussi stabilisées en leur faveur que les macronistes feignent de le croire, en assénant devant micros et caméras que le vote du 26 mai conforte le Président.

La campagne pour les élections municipales de mars 2020 a déjà commencé !

En voulant supprimer le vieux clivage politique gauche (sociale) contre droite (libérale) et le remplacer par un grand mouvement centriste social-libéral, Émmanuel Macron a ouvert la voie a une confrontation mondialistes-nationalistes sur le territoire de France.
Cette confrontation se retrouve également dans la formation du parlement européen constitué de deux grands blocs eux-mêmes fractionnés l’un pro-europe et l’autre anti-europe.
Désormais aucune alliance durable ne semble pouvoir émerger au sein du Parlement de l’Europe.

L’action publique n’est vraiment digne que si elle contient une part d’humilité. Les Républicains et la gauche font aujourd’hui les frais de l’avoir oublié. Il leur appartient de se remettre en cause. Quant au pouvoir actuel, il doit se rappeler que le funambulisme est un grand art, toujours dangereux, et qu’à trop danser sur le câble, on peut tomber (d’un côté ou de l’autre).