L’EUROPE. NOTRE CONTRIBUTION AU DEBAT

LA DEFENSE :
Dans le contexte des événements extérieurs et intérieurs qui posent problème et au moment où Trump annonce le retrait partiel de sa protection, celui des risques militaires devient primordial, en fonction des politiques expansionniste et guerrière de la Russie, de la Chine, de l’Iran, de l’Arabie Saoudite, d’Israël, de la Corée du Nord, de la Turquie, dont certains sont sous embargo américain.

L’Europe est en sous équipement et en sous capacité notoire dans ce domaine et seules la Grande Bretagne et la France ont un armement nucléaire crédible. Les conditions de retour à une capacité susceptible de contenir les menaces de ces pays, tous gouvernés par des dictateurs radicaux, imposent un investissement conséquent, qui n’est pas d’évidence à notre portée dans les conditions actuelles.

L’Europe est aussi sous des différences et oppositions qui la menacent d’éclatement :

  • sortie de la Grande Bretagne,
  • immigration massive,
  • menaces sur l’Euro,
  • éclosion des populismes,
  • refus par certains du modèle ancien.

La Turquie à nos portes, pièce importante de l’Otan, s’écarte de nos principes de civilisation pour s’intégrer à l’expansionnisme islamique, Erdogan se voyant devenir l’émir mondial du salafisme, en commençant par la France, le pays le plus perméable aux manœuvres de ses « séides[1] ».

Les impératifs stratégiques à venir imposent de grands changements dans les relations entre alliés européens. Quels que soient les choix politiques et les différences des projets, il est crucial qu’une union pour la défense se développe pour :

  • imposer sa puissance, basée sur nos armes nucléaires,
  • créer la protection à nos frontières,
  • influencer positivement en faveur de la paix,
  • provoquer la pression sur les peuples soumis et les inciter à la résistance,
  • imposer la fermeté vis-à-vis des expansionnismes radicaux ou des politiques économiques de type colonialiste.

« Un fossé entre élites européistes et populations s’est creusé au fil des années. Il est devenu le problème numéro un. Le plus dangereux ». (H.Védrine).

L’Union Européenne semble en voie de désagrégation. Ce n’est plus un exemple pour les pays émergents qui investissent dans le seul domaine régalien en contrôlant leurs peuples. Ils agissent à l’opposé de tout ce qui a été privilégié depuis la dernière guerre chez nous et a permis un progrès certain, tout en installant de nobles principes dans les milieux intellectuels et politiques, qui, aujourd’hui, équivalent à un désarmement face à ces menaces.

Les valeurs fondamentales, les relations sociales, les coutumes et la façon de voir la vie diffèrent d’une civilisation à l’autre. Ce qui se traduit par de fortes oppositions actuelles, à cause des espoirs de puissance et d’influence de la part des nouveaux empereurs. Ce qui provoque d’importants changements de relations avec ces régimes, alliés de circonstances entre eux, sans conception politique profonde.

« Il y a des puissances européennes mais l’Europe n’a pas à l’origine un projet de puissance » (H. Védrine).

Nos relations intra européennes dans ce souci de puissance sont d’abord soumises à nos relations avec l’Allemagne. Nos faiblesses industrielles, financières et l’absence de réformes urgentes les rendent difficiles.

Ces différences têtues s’ajoutent aux retraits des états aux orientations populistes et peuvent compromettre le statut de l’euro, sans lequel l’Union Européenne s’effondre, favorisant les comportements nationalistes, avec, comme par le passé, des risques de guerre, d’abord entre les peuples de l’Est. L’investissement européen de l’armement cumulé est sous la barre des deux cents milliards d’euros.

« Avec l’irruption du djihadisme militarisé, le fait guerrier s’importe désormais au cœur du territoire européen » (J-Y. Le Drian).

Les évolutions de cet état de guerre permanent, ouvrant les risques d’affrontements majeurs entre des « démocratures[2] », pour le moment en guerre par petits états interposés, génèrent une course à l’armement nucléaire, de plus en plus difficile à contrôler par l’occident. Les populations civiles sont partout soumises à ces conflits, créant la fuite massive vers les pays occidentaux. Avec des différences inconciliables d’origine ethnique, culturelle et religieuse.

« América first » (D.Trump).

Les États-Unis ne sont plus les gendarmes du monde. Le japon, la Corée du Sud et l’Europe doivent développer leur puissance, en particulier nucléaire. Après les déceptions en mer de Chine, en Irak et en Afghanistan, ce risque de retrait des États-Unis en Europe est angoissant et n’est pas assumé par tous nos alliés. L’Occident se rétracte et abandonne de nombreuses régions à l’expansionnisme de la Chine et de la Russie.

Cette dernière, en matière militaire et en capacité rapide d’intervention, a fait d’énormes progrès et ses interventions officielles ou par des moyens privés complices (Société Wagner) aident ses alliés partout, en échange d’avantages commerciaux et divers conséquents, surtout en Afrique. Les 20 millions de musulmans en Russie motivent les interventions en Syrie et en Irak.

La présence russe dans l’Europe de l’Est (Serbie, Hongrie, Slovaquie et Bulgarie) nous oblige à pouvoir répondre à toutes menaces. Le rêve de Poutine est l’empire de la Russie des Tsars. Il flirte avec la Chine pour leur introduction en Méditerranée où ils organisent des manœuvres communes, et collaborent en partage d’influence et de sites. Tout a été fait par l’occident pour refuser à la Russie sa reconnaissance en tant que partie intégrante de la grande Europe. Elle est donc entrain de choisir une inclusion dans l’Asie. La stratégie des États-Unis et de la Chine envers la dissolution de l’Europe est en marche.

La Chine profite de nos renoncements et de nos faiblesses pour créer de nombreuses installations portuaires, en Grèce, en Algérie, en Israël, en Égypte, en Turquie et en Italie. Ce qui laisse prévoir la possibilité de création d’une base navale à nos portes.

Le vide que nous avons laissé dans les pays du Maghreb a été complètement rempli par la Chine et la Russie. Ce qui signifie que les troubles très prévisibles dans les dix ans à venir et l’embrasement de la rive sud de la Méditerranée, peuvent permettre la présence de missiles balistiques russes.

La Turquie avance à grand pas vers un totalitarisme sévère islamiste, avec des vagues d’arrestations dans la presse, l’enseignement et les services de l’armée, la police, la justice et l’administration. Sa position stratégique pour l’Otan est majeure, c’est un pays clé pour la protection de l’Europe, avec plusieurs bases occidentales. Or, Erdogan, avec la guerre en Syrie, se rapproche des Russes et ne revendique plus sa participation à l’Union Européenne.  Sa complaisance envers Daech et l’Iran et l’utilisation des migrants comme moyen de chantage, font craindre le détachement définitif de ce régime du cadre européen. Il apparait cependant que ce changement d’alliance peut s’expliquer par le flou et les revirements de la politique occidentale dans cette région du monde.

« Aujourd’hui, les européens, qui croyaient vivre dans le monde idéal de la communauté internationale et du droit, se réveillent dans Jurassic Park : Donald Trump inquiète le monde, Poutine nous provoque, l’Islam convulse » (H.Védrine).

Notre territoire est étroitement cerné : l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient, le Maghreb sont en surchauffe par actions directes ou indirectes, soumis aux oppositions des États-puissance, au mépris de nos vieilles démocraties incertaines.

Tout notre arsenal terrestre, aérien et maritime est à reconsidérer. Moins d’éparpillement et beaucoup plus de moyens maritimes de premier rang pour faire face à l’explosion des capacités dans ce domaine de la Chine et de la Russie. De même l’effondrement des aviations européennes et les trous dans les moyens de détection vont obliger à des investissements colossaux, pour montrer un effort parallèle aux démonstrations quotidiennes des Russe en Europe de l’Est et pour ne pas permettre au spectacle des manœuvres en tous genres, de contraindre nos gouvernants à accepter l’effacement de nos pays dans les décisions internationales.

Comme toujours, l’équilibre des forces en hommes et en matériel et en capacité nucléaire, garantissent de pouvoir peser sur la négociation. À ce jour la cohésion financière, militaire et politique de l’Otan reste une tâche insurmontable. La France devra s’engager à mettre au service de ses alliés ses moyens en Afrique, dans l’Océan Indien et dans le Pacifique. De grands débats devront impliquer tous les pays autour de nous avec des engagements stricts et il faut mettre en priorité des moyens numériques robustes et sécurisés indispensables à la coordination sans bug.

Aujourd’hui, la menace représentée par la Russie repose sur ses moyens classiques dont on a vu récemment la mise en œuvre (Ukraine, Crimée, Syrie…)  Or l’évolution de ses moyens nucléaires et leur intégration plus proche des actions militaires devient préoccupante, en tenant compte du retrait possible des États-Unis et du doute sur leur intervention en cas de risque majeur. À cela s’ajoute l’inconnue de la position de la Grande Bretagne, après son départ de l’Europe.

La France de fait devient, au-delà de sa propre protection, le pilier central de la défense européenne. Elle est l’élément de négociation vis-à-vis des États-puissance, à condition que les états européens assument l’indispensable renouveau des moyens classiques de défense pour ne pas en être réduits au « tout ou rien nucléaire » hasardeux.

[1]Adepte fanatique des doctrines, exécutant aveugle des volontés d’un maître, d’un chef.
[2]Démocrature désigne une organisation dictatoriale ayant une apparence de démocratie.