Edito proposé par Jean Paul BESSE ADIRE dans le prolongement de la publication de Jean Pierre Raynaud en date du 24 mars 2018 intitulée : «Transition énergétique ou fiasco retentissant» (rubrique «économie nationale»)

1/ Les terres rares, un groupe de métaux stratégiques
Contrairement à ce que leur nom indique, les terres rares sont plus présentes sur la croûte terrestre que l’or et l’argent.

Connues et étudiées depuis le début du XIXe siècle, les terres rares sont néanmoins utilisées communément seulement depuis les années 1970.

Aujourd’hui, on les retrouve dans la plupart des objets manufacturés.

Outre les aimants permanents, les terres rares sont beaucoup utilisées aujourd’hui comme catalyseurs dans l’industrie pétrolière et automobile (20% en tonnage) et dans certains alliages métalliques (20% aussi en tonnage, près de la moitié pour les batteries).

On les retrouve dans les nouvelles technologies (smartphones, tablettes, ordinateurs, téléviseurs…) mais aussi dans d’autres secteurs très stratégiques tels que l’aviation, l’armement et le secteur des énergies renouvelables (moteurs et batteries de voitures électriques ou hybrides, batteries d’éoliennes onshore et offshore).

Depuis les années 1970, elles sont aujourd’hui omniprésentes au sein des objets qui symbolisent le progrès technologique. Une telle consommation pose la question de l’approvisionnement, en prenant en compte des tensions économiques grandissantes entre les pays.

Les répartitions imagées ci-après font bien comprendre, qu’après le pétrole, nous sommes désormais dépendants aux métaux rares et donc confrontés à une véritable guerre économique dans laquelle la Chine est en situation de quasi monopole.

Ces dernières années, et pour faire face à leur dépendance, de nouveaux pays miniers ont ainsi consacré une partie de leur activité primaire à l’exploration de terres rares sur leur territoire.

C’est le cas des Etats-Unis et de l’Australie, mais aussi de l’Afrique du Sud, de la Suède et du Groenland. Néanmoins, la forte rentabilité des terres rares chinoises ne permet pas à ces pays de réellement s’imposer sur le marché, et le développement de nouveaux gisements est freiné par des prix maintenus bas.

2/ Exploitation des terres rares – Quels impacts ?
Les terres rares sont des éléments extrêmement mélangés dans le minerai et par voie de conséquence, l’obtention d’un produit pur est un processus long, gourmand en ressources naturelles et polluant. De plus, les applications industrielles des terres rares nécessitent des niveaux de pureté très élevé.

L’extraction du minerai passe par une concentration mécanique puis un traitement à l’aide d’appareils à triage gravimétrique en courant d’air. Cette opération a des conséquences sur l’environnement et la santé des travailleurs. Ensuite, le minerai est décomposé par une attaque chimique à l’acide chlorhydrique, sulfurique, nitrique ou par une solution alcaline (soude ou carbonate).

Aux impacts environnementaux liés à l’extraction, s’ajoutent ceux induits par les trois étapes nécessaires à cette élaboration des différents éléments :

  • Le traitement du minerai
  • L’isolement du groupe
  • La séparation des éléments du groupe

Les impacts environnementaux induits par l’extraction minière des terres rares sont donc considérables :

  • Destruction de la végétation naturelle et des terres agricoles
  • Dégradation des sols
  • Effets sur la qualité de l’eau
  • Production de déchets radioactifs
  • Effets sur la santé

Comment alors présenter des applications dites « vertes » ou dont l’utilisation aura un effet positif sur l’environnement, quand leur production repose sur l’exploitation de ressources dans des pays, la Chine notamment, qui ne s’embarrassent ni de préoccupations environnementales ni sociales ?

3/ Développer le recyclage pour réduire les tensions
L’importante volatilité du marché (cf diagramme d’évolution des prix ci-dessous) a, au nom de la rentabilité mis en difficulté  certains gisements (Moutain Pass aux Etats-Unis, Mount Weld en Australie). Certains pays ont suspendu la mise en exploitation de nouveaux gisements notamment au Groenland.

La recherche de gisements exploitables en Europe a laissé apparaître quelques rares sites dans les pays nordiques (Suède notamment).

Pour ce qui est de la France, le potentiel minier est très faible (gîtes à monazites du massif armoricain).

Des scientifiques japonais ont  dévoilé la découverte de gisements très importants, localisés au fond de l’océan Pacifique dans sa zone économique. Mais le gisement japonais, bien que très prometteur, est encore loin d’être exploitable, sans parler des enjeux environnementaux et, selon les experts. « Il faudra encore plusieurs années pour déterminer si une exploitation est faisable ».

Pour atténuer le monopole chinois et l’impact environnemental des procédés de traitement, le recyclage des terres raresreste un des leviers.
Des solutions innovantes sont à l’étude pour accélérer la voie vers une économie favorisant le recyclage :

  • recyclage des aimants permanents et terres rares contenus dans les disques durs d’ordinateurs, les haut-parleurs et les petits moteurs électriques, ces gisements secondaires étant de plus en plus importants.
  • traitement de terres rares provenant des déchets miniers, ces « stériles » non traités actuellement car jugés trop peu concentrés en minéraux d’intérêt.

4/ Conclusions
Les progrès technologiques impactent inéluctablement notre environnement.

Parler donc d’énergies vertes vertueuses des normes environnementales pour remplacer les moyens actuels tant décriés notamment pour la production d’électricité est il acceptable ?

Les choix énergétiques d’aujourd’hui  doivent être faits en parfaite connaissance de cause car, d’une part, ils ne sont pas autant écologiques que certains veulent faire croire et d’autre part ils sont onéreux.

En tout état de cause,  les choix en question auront des impacts multiples, durables et parfois inattendus.