Edito de Jean Paul BESSE d’après des Informations tirées de «Challenges»

La France s’apprête à fixer sa politique énergétique pour la décennie à venir.
6 réacteurs vont fermer, selon diverses informations,  des EPR vont être lancés. Opportun ? Trop cher ?  Passonsen revue tous les enjeux.

En principe dès décembre 2018 les producteurs d’électricité devraient être fixés. Le gouvernement s’apprête à publier la feuille de route de la politique énergétique du pays pour les dix prochaines années. Très attendu, ce document officiel appelé Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) a pour mission de mettre en musique les objectifs de la transition énergétique.

La PPE couvre toutes les énergies, mais c’est évidemment le nucléairequi mobilise les attentions et surtout les programmations des opérations envisagées pour atteindre les objectifs fixés.

Combien de réacteurs vont devoir mettre la clé sous la porte ? A quel rythme ? A contrario, combien d’unités pourront être prolongées ? Avec le parc nucléaire vieillissant, faut-il envisager la création de nouvelles centrales ? Ou, comme le souhaitent les écologistes, faut-il se projeter en deçà des 50 % de nucléaire pour s’orienter vers un monde intégralement renouvelable ?

L’ex-ministre de la Transition écologique Nicolas Hulotmilitait pour la publication d’une liste de centrales à arrêter avec un échéancier précis. Bugey, Dampierre, Tricastin, Gravelines sont les plus menacées. Mais il est probable que la PPE n’en dise rien. A quelques mois des élections européennes, le gouvernement ne prendra surement pas le risque de semer le trouble dans les territoires.

Cependant, officieusement il serait envisagéla mise à l’arrêt de 6 réacteurs au cours de la décennie à venir et, d’’ici  2035, les fermetures pourraient s’élever à 14.

L’avis des Français est tranché : s’ils sont désormais une majorité à être opposés au nucléaire, ils ne se montrent pas pressés d’arriver au seuil de 50 % du mix d’électricité en provenance de l’atome : seuls 28 % le souhaitent. De quoi rassurer EDF, qui plaide pour ne pas précipiter la fin de vie de ses centrales.

Des batailles en coulisse

Eu égard aux impacts des décisions à prendre sur un sujet aussi primordial qu’est la politique énergétique sur du long terme des batailles se sont et continuent à se dérouler en coulisse entre les ministères régaliens, à Matignon et à l’Elysée. A quelques jours de la publication de la PPE, rien n’est donc définitif. Selon Bruno Le Maire, le nucléaire est « un atout pour la France » ; pour Nicolas Hulot, c’était « une folie » et son successeur à l’hôtel de Roquelaure tient peu ou prou le même discours.

Désireux de vouloir « en même temps » promouvoir les énergies renouvelables, E. Macron s’était rallié à l’objectif des 50 % de nucléaire à l’horizon 2025, objectif fixé en 2011, consécutivement à un marchandage entre le PS et les Verts.

Mais la fureur des 220 000 salariés de la filière nucléaire, les nouveaux et futurs besoins électriques induits par la croissance démographique et les nouvelles technologies (véhicules électriques notamment) ont rendu impossible, dans l’échéancier imparti,  l’abaissement à 50 % le pourcentage d’énergie électrique à partir du nucléaire.

Les capacités éoliennes et solaires sont en plein boom. Elles devraient tripler d’ici 15 ans. Le volume d’énergie nucléaire est amené à décroître. De près de 400 Térawattheures * actuellement, il pourrait passer à environ 300 d’ici une quinzaine d’années conformément à la loi de transition énergétique.

* 1Térawattheure = 1000 milliards de wattheures

Mais quid des centrales à fermer ? En juillet 2017, quelques semaines après son entrée au gouvernement, N. Hulot avait dit vouloir arrêter jusqu’à 17 réacteurs d’ici à 2025. Pour information la fermeture de Fessenheim prévue fin 2016 vient tout juste d’être actée. L’échéance des fermetures de sites nucléaires fixée à 2025 avait été repoussée par N. Hulot au-delà de 2030. Lors d’un récent séminaire, Edouard Philippe a fixé une nouvelle date pour les 50 %. Ce sera à horizon 2035.

Si fixer un objectif (sachant qu’il  ne sera probablement pas tenu) est aisé mais arrêter la façon d’y parvenir l’est beaucoup moins car la trajectoire du nucléaire dépend d’une multitude de facteurs autant conjoncturels, structurels que technologiques. Il y a la sécurité d’approvisionnement, l’évolution de la démographie, la consommation d’électricité d’ici à 2028, la croissance des énergies renouvelables, les économies d’énergie, les avancées du stockage électrique, la fermeture des centrales à charbon…etc…

Les scénarios envisagés :

Sur 5 scénarios établis par Réseau de Transport d’Electricité (RTE) le gouvernement en aurait retenu 2.

  • Le premier, qui s’appelle Volt est réalisé sur une hypothèse de 9 fermetures de réacteurs d’ici à 2035. Le mix du nucléaire atteindrait alors 56 %.
  • Le second, baptisé Ampère, prévoit la mise à l’arrêt de 16 réacteurs. Le nucléaire descendrait alors à 46 % en 2035.

Ces derniers jours, le gouvernement hésitait encore entre Volt et Ampère. Du côté d’EDF, pas d’hésitation : c’est niet pour l’un et pour l’autre reprochant aux 2 scénarios de considérer la diminution des usages de l’électricité comme un pré-acquis. EDF envisage, en outre, de remplacer le parc existant par des EPR*. L’idée serait d’en lancer 2 avant la fin du quinquennat pour pouvoir les mettre en service vers 2030.

* Le réacteur pressurisé européen, EPR (initialement European Pressurized Water Reactor, puis Evolutionary Power Reactor) est un projet de réacteur nucléaire de troisième génération

Ça bouge dans les territoires. Le nucléaire, c’est davantage d’emplois que les éoliennes, et les responsables politiques n’y sont bien entendu pas insensibles.

Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, a indiqué que sa région était prête à accueillir 2 EPR à Gravelines. Un récent rapport gouvernemental préconise d’en construire 6 à partir de 2025.

L’atome tout-puissant ne sera pourtant pas de retour. Cependant la France vise la neutralité carbone en 2050 et, pour décarboner, il n’y a pas d’alternative, il faut électrifier. Pour électrifier, il y a les énergies renouvelables. Mais en raison de leur intermittence et des limites actuelles du stockage électrique, elles ne sont qu’une partie de la solution. L’autre étant bien sûr le nucléaire.

La complexité du dossier, les implications des différentes options proposées, la nécessité de faire le bon choix ou tout au moins le moins mauvais sont telles que nous nous garderons de faire des supputations.

Nous attendrons donc les conclusions imminentes de la  Programmation Pluriannuelle de l’Energie qui soulève tant de difficultés et tant de risques pour une politique énergétique très controversée et cruciale sur le long terme pour notre nation confrontée à une croissance exponentielle de l’électricité comme source énergétique principale eu égard notamment à la généralisation forcenée des véhicules électriques.