Le burkini et la femme.

Nous ne pouvons pas vous priver de cette interprétation originale du refus absolu de cette aberration nouvelle, justifié par des éléments historiques et civilisationnels. Nous avons reproduit le texte de l’auteur, seulement raccourci pour des raisons de publication, publié par Valeurs Actuelles. (Jean Noel et JP Raynaud-ADIRE)
(Dans sa dernière tribune, le politologue Frédéric Saint-Clair s’adresse au président de la République pour lui demander d’éradiquer le burkini de l’espace public, après que des femmes musulmanes se sont invitées à la piscine publique de Grenoble vêtues de l’ample maillot une pièce).

« Monsieur le Président,

Je ne veux pas de burkini dans mon pays ! Je veux voir les femmes ; leur beauté ; durant la saison d’été plus que jamais ; leurs robes légères ; leurs escarpins ouverts ; leurs ongles peints ; leurs mains légères ; leurs nuques dégagées ; leurs seins libres sous des tissus fleuris ; leurs fesses rebondies. Je veux, comme à l’époque de mon enfance, lorsque s’éveillait en moi le sens encore balbutiant de la beauté féminine, pouvoir deviner les courbes en mouvement des passantes pressées. Les dentelles audacieuses, les soies aux reflets moirés. Non seulement moi, mais les hommes, ont un besoin ardent et constant de la beauté des femmes ; car cette beauté féminine apaise les tourments, elle chasse les idées noires, elle panse les plaies de l’âme.

L’Occident s’est construit sur la beauté des femmes et la guerre.

Ces musulmans militants, qui croient que la France est à eux, qui croient que l’idéal de liberté que nos aïeux ont conquis au prix de leur vie, est un blanc-seing autorisant l’appropriation par une culture immigrée de quinze siècles au moins de civilisation, ces musulmans fanatisés qui croient que le monde entier sera un jour soumis à leurs croyances, ont-ils conscience de ce qu’est véritablement l’Occident ? S’ils le savaient, ils ne chercheraient même pas à y mettre un pied.

L’Occident, vous le savez, monsieur le Président, naît dans les œuvres d’Homère, et il y est presque entièrement contenu ; il naît dans l’Iliade avant l’Odyssée. L’Occident c’est, très simplement, deux choses : la beauté des femmes nues et la guerre. La fameuse guerre de Troie, dont on rappelle souvent qu’elle évoque la colère d’Achille ainsi que la ruse d’Ulysse, est en réalité un palimpseste qui révèle la beauté des femmes, celle de Briséis, qui sera la cause de la discorde entre Achille et le roi Agamemnon, et puis, bien évidemment, celle d’Hélène, enlevée par Pâris et dissimulée derrière les hautes tours d’Ilion, et qui constituera le véritable casus belli.

Où est la nudité, me demanderez-vous ? Pâris, jeune berger, a été choisi pour désigner la plus belle d’entre trois déesses : Héra, Athéna et Aphrodite. Athéna promet à Pâris la victoire à la guerre si elle est choisie, Héra la souveraineté politique, et Aphrodite la beauté féminine. Pour les départager, Pâris demande à les voir nues. Elles y consentiront. Les déesses aussi, en Occident, se dévoilent, pour afficher leur beauté. Pâris choisit la déesse de l’Amour, il choisit la beauté, et obtiendra l’amour d’Hélène, la plus belle des princesses grecques. Il déclenchera par ce choix la première et la plus célèbre guerre d’Occident, mais surtout, il enclenchera une dynamique esthétique qui se poursuit encore aujourd’hui, et dont nous sommes les héritiers.

Depuis l’antiquité grecque jusqu’à nos jours, tout le fil de l’histoire occidentale se noue autour du dialogue engagé par l’homme avec la beauté féminine. L’Occident n’est en réalité ni l’histoire de la lutte des classes, ni celle des révolutions, c’est l’histoire d’un dialogue esthétique. Et pas n’importe lequel, un dialogue avec la féminité. Montesquieu le confirme dans ses Lettres persanes, et souligne la grandeur de la féminité en Occident : « S’il est vrai que nous n’avons sur les femmes qu’un pouvoir tyrannique, il ne l’est pas moins qu’elles ont sur nous un empire naturel : celui de la beauté, à qui rien ne résiste. » En témoigne également cette citation, du plus grand romancier du XXème siècle : « Si je devais bientôt mourir, j’aurais aimé savoir comment étaient faites de près, en réalité, les plus jolies filles que la vie pût offrir… », une citation par laquelle j’ai choisi d’entamer le cinquième chapitre de mon ouvrage, La droite face à l’Islam, consacré à la féminité comme véritable enjeu d’une guerre culturelle contemporaine. Cette citation n’est ni de Samuel Huntington ni de Joseph Nye, mais de Marcel Proust. L’Occident, nous dit-elle, a le visage fin et délicat d’un esthète dont l’unique obsession consiste à percer le mystère de la beauté féminine.

L’islam veut confisquer la beauté féminine

Or, l’Islam – avec un I majuscule, c’est-à-dire la civilisation islamique – vient de faire irruption dans cette idylle passionnée, en a dénoué l’étreinte, s’est saisi de la femme et lui a imposé une nouvelle conduite : voile, burkini, horaires séparés dans les piscines, cloisonnement dans l’espace public, exclusion des cafés, etc. Une frustration grandissante est en train de jaillir de cette confiscation de la beauté féminine par l’Islam, monsieur le Président. Or, ce que nous enseigne la guerre de Troie, c’est que si la guerre civile ne naîtra pas d’une succession d’actes terroristes, elle pourrait naître en revanche du refus de l’Occident de se voir dérober ses femmes par l’Islam. Lors du Grand Débat National, face aux intellectuels, vous avez évoqué la question du burkini, et vous avez explicitement dit que le burkini n’était pas un signe religieux, mais un symbole culturel. Je prends acte de cette affirmation décisive, dont les conséquences doivent être maintenant assumées. Car si l’islam, en tant que principe spirituel, a toute sa place en Occident, et plus particulièrement en France, l’Islam – la culture islamique – en revanche n’est pas miscible dans la culture occidentale, et a fortiori dans la culture française. Il est donc temps, Monsieur le Président, que vous preniez acte de la portée de la phrase que vous avez prononcée devant les intellectuels, et que vous mettiez un terme définitif à cette volonté d’appropriation culturelle ; que vous preniez acte de la volonté des Français de protéger leur socle culturel, civilisationnel ; et que les symboles culturels islamiques soient exclus, non seulement des écoles et des administrations, mais de l’espace public tout entier. J’ai conscience de l’ampleur de l’enjeu juridique et constitutionnel qu’une telle action représente, mais la reconstruction de l’unité nationale est à ce prix ; car elle sera civilisationnelle, ou ne sera pas. »