Texte proposé par jean Pierre Raynaud

Comment fabriquer un Wauquiez ?

Le service public de la télévision française est pourri, nous a dit Emmanuel Macron. Il sait de quoi il parle : ces médias payés avec l’argent du contribuable ont fait campagne pour lui… « La honte de la République », disait-il dans l’un de ces moments d’ingratitude dont il a le secret. En effet, il a raison.

A L’émission politique ( le titre dit déjà qu’il n’y en a pas d’autre…), les bons petits soldats européistes, progressistes, libéraux, maastrichiens, ont fait leur travail : il fallait absolument, pour ces faux journalistes vrais militants politiques, que Wauquiez soit ce que les « sondages » disent qu’il est : arrogant, hautain, suffisant, opportuniste, incompétent, mal aimé, dictatorial – n’en jetez plus…Ah, si, ajoutons également : clone de Marine Le Pen, siphonneur du Front national, travesti de l’extrême droite.

Le service public avait donc convoqué monsieur Economie libérale (François Langlet), madame Politique libérale (Nathalie Saint-Cricq), monsieur Sondages libéraux (Brice Teinturier), autour de madame La Journaliste libérale (Léa Salamé) pour faire comparaitre l’accusé .On le mit en face de monsieur Essayiste libéral (Alain Minc), puis monsieur Gouvernement libéral (Benjamin Grivaux). Islam et PMA obligent, la production lui fit également rencontrer la France profonde : une Franco-Marocaine psychanalyste et universitaire (Houri Abdelouahed) ; puis une femme mariée avec une femme qui nous fit savoir qu’elle était un modèle sociétal puisqu’elle avait adopté une fille qui mangeait quatre légumes par jour et qu’elle faisait le tri sélectif (« Amélie », sans précision de patronyme)…

Un reportage nous a montré l’accusé dans sa région à une galette des rois catho. Il y avait là nombre de gens qui lui reprochaient sa politique bien peu généreuse à l’endroit des « migrants ». J’aurais aimé savoir combien parmi ces mangeurs de frangipane avaient offert concrètement l’hospitalité, chez eux, dans leur maison, dans leurs lits, dans leur salle de bain, à l’un de ces malheureux que tout le monde prend en otage.

Tout ce monde là avait pour fonction de faire surgir l’image que les sondages ont déjà proposée du personnage. Car, voyez-vous, nous sommes déjà en campagne pour les prochaine élections présidentielles. Il faut donc libérer la route pour Macron et, pour ce faire, sélectionner en amont les candidats qu’il devra affronter la prochaine fois.

En criminalisant Wauquiez, en le lepénisant, on voit mal qui, à droite, pourrait inquiéter Jupiter. Quant à la gauche, il lui faudrait sortir un mort-vivant d’ici là et lui redonner la vie… Mélenchon ? Les faux journalistes vrais militants se sont lâchés : madame Saint-Cricq a dit que son âge était un handicap, mais aussi sa fragilité psychique (elle a parlé de ses hauts et de ses bas pour éviter d’être trop claire…) ; monsieur Langlet s’est franchement lâché et a dit qu’il était vieux ; monsieur Teinturier a confirmé.

Résumons : à l’heure actuelle, Macron aurait donc contre lui une fasciste habituée des seconds tours ; Marine Le pen ; un fasciste qui se cache, mais qui ne l’est pas moins : Laurent Wauquiez ; un socialiste cryogénisé – pour l’heure, le médecin légiste ne parvient pas à identifier le cadavre ; et un vieillard, sinon bipolaire, du moins cyclothymique : Jean Luc Mélenchon.
Le service public a bien fait son travail. Alain Minc ; grand philosophe après BHL, a parlé Barrès et Maurras, extrême droite et heures sombres, ruralité et France profonde – preuve que nous tenions avec Wauquiez un fascistoïde issu de Vichy. Jupiter pourra lui faire un texto de remerciement… L’émission ayant connu sa pire audience, il faudra remettre le couvert… Pas grave, c’est le contribuable qui paye.

Source : Michel ONFRAY​ (« zéro de conduite » L’Observatoire.)