Interview de Gérard Larcher et Marcel Gaucher au SENAT.

Par Bruno Jeudy, Paris Match.

Emmanuel Macron a renoncé à réformer la loi de 1905 sur la laïcité, mais il s’est montré déterminé à lutter contre l’islam politique en avril à l’Elysée. Le duo GL et MG a passé en revue ces questions autour de la laïcité, la place des religions dans notre société notamment celle de l’islam.

Gérard Larcher : En 2015, après Charlie hebdo et l’Hyper Cacher le Président Hollande nous avait demandé de lui livrer nos réflexions. J’ai perçu deux éléments : une France « d’à côté » qui a le sentiment de ne plus être écoutée, d’être reléguée « au bout de la table ». Ce sont les personnes que l’on a retrouvé aux ronds-points. J’ai également ressenti la segmentation de la société. La laïcité était au cœur du débat. C’est un sujet majeur, mentionné à l’article 1er de la Constitution.

Marcel Gaucher : Cette difficulté nous oblige à prendre une initiative. La société française avait peu à peu évacué ce problème. Jusqu’à la fin des année 80 on avait l’espoir que l’insertion ferait son œuvre. Les salafistes n’étaient pas entrés dans notre quotidien. La confiance dans l’efficacité de notre modèle était prise à contrepied.
La pression d’un modèle culturel venu des Etats-Unis et du Royaume-Uni est devenu hégémonique au sein des élites de l’aire occidentale. Il oppose un esprit résolument libéral à la laïcité. Ce qui trouve un écho auprès des élites françaises. On l’a vu dans la dilection de Macron envers Trudeau et l’exemple canadien.

G.L. : Si les relations entre l’Etat et les religions doivent être renforcées, est-ce que la loi 1905 est insuffisante ? Par le texte ou la pratique ? Assurément la pratique. Seul l’islam résiste. Il faut faire naître cet « islam adapté » dont parlent des auteurs musulmans. Celà nécessite un effort et du temps. J’ai perçu une crispation avec les représentants des autres religions.

M.G. : Le vrai problème est que l’islam n’est pas entré dans la démocratie, au sens non pas étroitement institutionnel, mais philosophique et métaphysique du terme, à savoir la liberté de l’homme de s’organiser hors de toute référence à une rêgle extérieure et supérieure.

G.L. : Nombres de musulmans pratiquants sont entrés dans la République.

M.G. :Oui, mais tant que ce n’est pas acquis de manière explicite une minorité active pourra en contester le principe avec la capacité de troubler les esprits.

G.L. : Le Président a beaucoup évolué sur ce sujet. Je me réjoui qu’il ait tranché en disant que la loi de 1905 devait être réaffirmée et appliquée. Il est allé plus loin en disant que quand on parlait de laïcité, on parlait en fait de communautarisme et de sécession. L’adversaire est l’islam politique. Il doit maintenant passer des paroles aux actes.

M.G. : Macron est arrivé au pouvoir avec les idées à la mode dans son milieu. Sans avoir réfléchi au sujet. Il est allé dans le sens du chic : tolérance, société ouverte, multiculturalisme… Et puis il a appris. Les remontées du terrain lui ont fait prendre la mesure de l’attachement des français à cet héritage. Peut-être a-t-il été convaincu ?

L’islam ne comporte pas d’autorité religieuse autorisée à se prononcer sur de telles questions. Il existe une demande des sociétés européennes adressées aux musulmans sur le régime politique compatible. Entre les société d’accueil et leur religion. Question jamais posée auparavant.

G.L. : Les musulmans attachés à la République sont majoritaires. Il ne faut pas qu’ils soient sous la menace des radicalisés. Il faut un accompagnement de l’Etat sans intrusion ni financement et une politique volontariste contre le radicalisme, légale et réglementaire.

Il faut cesser de reculer. Mais j’insiste sur l’importance de l’action culturelle et pédagogique pour créer un courant respectueux de la démocratie..

M.G. : Ce courant est faible et pas encouragé par les intellectuels et universitaires. Au contraire. Un changement politique est nécessaire, l’exécutif doit exécuter la loi. On a mésestimé la force des courants fondementalistes. Commençons par établir la vérité des faits et l’état de la domination salafiste.

A l’approche des municipales, les salafistes ou les Frêres Musulmans vont chercher à infiltrer des listes électorales. Les services de renseignement pourraient informer les maires.

G.L. : Il semblerait que des groupes tenteraient de construire une communauté via le suffrage universel. Nous devons être vigilants.

M.G. : Ils préfèrent s’abriter derrière des fantoches qui présentent un visage honorable et qui servent leurs intérêts. Difficile de combattre cette stratégie. Aucune grande ville n’est menacée.

G.L. :Les villes de 4 à 5000 habitants sont les cibles en certains points du territoire. Rien n’est pire que le silence. L’alliance entre les élus et l’Etat est fondamentale.

M.G. : Trancher dans le « pas de vague » ! La responsabilité du politique exige d’assumer, en se donnant les moyens de savoir, pas les moyens d’ignorer.