IMMIGRATION – INTEGRATION – ASSIMILATION

Reprises d’une interview de Malika Sorel-Sutter  essayiste Française menée par Alexandre Devecchio journaliste au Figaro, proposées par Jean Paul BESSE pour publication sur le site ADIRE

L’immigration est un thème souvent abordé par notre association. Et pour cause, c’est le sujet majeur, qui n’influera pas seulement sur notre avenir mais sur le devenir de l’humanité toute entière car l’immigration ne se cantonne pas à l’Europe mais concerne le monde entier.

«La non-assimilation aboutira à la mise en minorité des idéaux français sur notre propre sol». Cette affirmation de Madame Malika Sorel-Sutter démontre, si besoin est, les dangers de l’immigration et surtout l’importance capitale des mesures d’accompagnement à mettre en place auprès des immigrés.

La déclaration de Nicole Belloubet à l’Assemblée nationale : “La France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire, le nier ce n’est pas comprendre notre histoire» nous interpelle et correspond parfaitement au baratin servi aux foules depuis déjà un certain temps et en réalité, depuis que les élites politiques ne peuvent plus cacher l’ampleur du désastre dont elles sont à l’origine.

Tout d’abord, le «toujours» de N Belloubet interroge. À quelle période remonte-t-elle au juste? Comme l’a très bien mis en évidence l’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard, la France, à la fin de l’époque moderne, est un monde plein dont la population a augmenté sur place, et l’immigration naît avec l’arrivée de paysans italiens du Nord à partir des années1860-1870. Au regard de la longue histoire de la France, ce «toujours» de la ministre est donc plus que déplacé.

Ensuite sur le multiculturalisme, en dehors de cas précis hérités de l’histoire et circonscrits à des îles françaises lointaines et peu peuplées, le multiculturalisme n’a jamais été une politique française, et encore moins un objectif. C’est même tout le contraire, comme en atteste le Code Civil selon lequel «nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française».

C’est sur ce point précis du respect du Code civil que les élites de commandement du monde politique et de la haute administration ont, pour les uns fauté, et pour les autres trahi.

Pour bien comprendre la complexité de l’assimilation, qui demeure la condition nécessaire pour former un même peuple, il faut inlassablement rappeler que seul un Italien sur trois a fait souche en France, et que 42% des Polonais du flux 1920 1939 sont repartis, alors même qu’aucune amélioration économique substantielle ne pouvait justifier, à première vue, ce retour dans leurs pays. S’imaginer que des flux migratoires de cultures bien plus éloignées puissent faire mieux, cela sort des limites du bon sens.

L’assimilation doit être un choix librement consenti. De toute façon, elle ne peut pas être imposée car elle se joue entièrement sur le registre moral et affectif. Il faut simplement veiller à ne pas la rendre impossible. Lorsque l’on évoque l’immigration et l’intégration culturelle, ce qui est systématiquement passé sous silence, c’est l’épreuve que constitue l’exil et les souffrances qu’il peut causer.

La vision de la France d‘E Macron et de la majorité –  Le président de la République et le multiculturalisme

La majorité étant une auberge espagnole, il est difficile de porter un jugement global, mais nous permet de dire que nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Emmanuel Macron ne maîtrise pas ces problématiques. Il cherche, tâtonne, prend des positions, les assène puis rétropédale quelques mois plus tard… Toutefois cela est moins désespérant que bien des politiques qui campent sur leurs erreurs et s’enfoncent dans leur ignorance.

Ce qui se joue au travers de cette question du multiculturalisme est capital pour le destin du peuple français, de sa civilisation, car c’est notre projet de société qui est en jeu, et que tout projet de société est le reflet de l’identité d’un peuple. Il s’agit de discuter des principes fondamentaux qui structurent l’identité. Que faire de la devise de la République française lorsque l’on se trouve en présence de cultures dans lesquelles l’individu n’a pas droit de cité et n’existe pas pour lui-même? Que faire de l’égalité homme-femme si elle est considérée comme une hérésie? À la poubelle? Quid de la fraternité, si elle est subordonnée aux convictions religieuses?

La non-intégration culturelle ou non-assimilation, si elle affecte ne serait-ce qu’une faible proportion de flux migratoires par ailleurs conséquents, aboutira tôt ou tard à la mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.

Intégration – Assimilation

L’intégration est-elle toujours vraiment applicable dans un contexte d’immigration de masse et de regroupement de communauté dans des quartiers de plus en plus homogènes?

En tout premier lieu, l’insertion est le simple respect des règles et normes du pays où l’on vit, même si on ne les partage pas en son for intérieur car on adhère soi-même à un autre référentiel culturel. C’est ce à quoi se soumet tout Français lorsqu’il s’expatrie. Ce respect élémentaire est un impératif sur lequel notre société n’aurait jamais dû transiger ; or elle a été entraînée sur le dangereux chemin des accommodements déraisonnables par des politiques dont une part étaient ignorants de la réalité des enjeux, et les autres indifférents.

Le modèle français d’intégration est en réalité un long processus jalonné de questionnements parfois douloureux, il convient plus que jamais de le réhabiliter, pour peu que l’on soit attaché à œuvrer à un vivre-ensemble harmonieux dans la durée.

L’immigration de masse

L’immigration de masse a rendu l’assimilation extrêmement difficile, pour la raison simple que les flux ont persisté à très haut niveau alors même que les pays d’origine amorçaient un retour à des fondamentaux religieux qui heurtent de plein fouet les principes de notre devise républicaine, principes que l’on retrouve au demeurant aussi dans les autres pays européens. Désormais, il est possible d’évoluer sur un territoire sans pour autant vivre à la même heure que son voisin de palier ou les habitants de sa commune. Dans de telles conditions, l’intégration culturelle devient mission quasi-impossible, et ce n’est pas l’école qui pourra, seule, y remédier. La répartition à travers le territoire défendue aussi bien par la gauche que la droite ces dernières décennies n’est désormais plus une solution.

Pour mémoire, dès 1981, Georges Marchais, alors Secrétaire général du Parti Communiste Français, demandait à «stopper l’immigration officielle et clandestine». Quand ce sujet sortira-t-il des clivages partisans?

La laïcité

On prête à Emmanuel Macron de revenir sur la loi de 1905. Nicole Belloubet répondait à une question de l’opposition sur la laïcité.

La laïcité est la digue qui protège la France. Chacun sait le sort qui attend les terres lorsqu’une digue vient à rompre. Qu’elles recourent ou non au concept de laïcité, toutes les sociétés occidentales vivent à l’heure de la loi des hommes. Les hommes y exercent le droit de se doter des lois qui vont régir leur cité sans que ces lois soient la transcription de commandements divins, et il y existe par ailleurs une hiérarchie entre le politique et le religieux. Les coups de boutoir contre la digue sont nombreux, ne sont pas récents et se sont intensifiés avec les années et, cependant, rien n’est fait pour éviter sa destruction. Les élus (toutes tendances), sur le terrain, contournent la laïcité pour financer les lieux de culte par le biais de baux amphytéotiques ainsi que le financement d’associations culturelles.

Réponses au défi culturel que pose l’Islam

Nombre de situations qui préoccupent notre société ne relèvent pas de la laïcité, mais du principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes, pour reprendre l’expression de l’islamologue Abdelwahab Meddeb.

Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir. La question, encore et toujours, nous ramène au projet politique collectif, donc au respect de l’identité du peuple français.

En Occident, beaucoup de ceux qui s’affirment «progressistes» ne le sont en rien, et ont même participé à entraîner la France dans une approche ethno-raciale des individus ; donc, n’ayons pas peur des mots, dans une approche raciste, alors que le projet français d’intégration républicaine est profondément humaniste. On ne devrait juger l’homme que sur la base de ses seules actions.

Il n’y a pas si longtemps en France, nul ne s’interrogeait sur l’origine de l’autre, ni n’épiait le contenu de son assiette, ni ne le condamnait sur la base de son seul prénom, prénom que ses parents lui avaient donné. Désormais ces questions sont d’actualité et soulèvent beaucoup de questions et des réponses difficiles et laconiques la plupart du temps.

Nous vivons dans une société qui verse dans l’hypocrisie. Il est donc naturel qu’une part des descendants de migrants qui ont fait le choix de l’assimilation ne comprennent pas ce qui leur est reproché, et puissent parfois ressentir une intense souffrance.

 

 

La solution aux problèmes posés par l’immigration

Cette solution, si elle existait serait sûrement immédiatement mise en pratique. Mais les alternatives doivent passer par le peuple et par les classes dirigeantes.

Il ne faut cependant pas signer de chèque en blanc à nos dirigeants. Voilà maintenant quarante ans que les élites occidentales racontent les mêmes balivernes à leurs peuples. Au départ, il s’agissait d’accueillir des populations pour des raisons humanitaires. À présent, partout, elles leur demandent de faire preuve de tolérance en abandonnant des pans entiers de leur histoire politique et culturelle. Ce n’est pas un jeu car tout cela pourrait fort mal finir, y compris pour les élites qui ont participé à influencer les opinions publiques, donc pas seulement les élites politiques, et vis-à-vis desquelles la défiance atteint des sommets inédits. On ne bouscule jamais impunément un peuple sur son territoire, et comme l’avait fort bien écrit Victor Hugo: «le plus excellent symbole du peuple c’est le pavé, on lui marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête».

En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde. Comme l’avaient relevé des journalistes présents sur les ronds-points dès le début du mouvement, le sujet de l’immigration surgissait très vite dans les discussions. Et pour cause! Beaucoup de citoyens se sentent abandonnés au profit de nouveaux entrants qui se trouvent être plus pauvres, à un moment où l’école peine à remplir la promesse républicaine d’ascension sociale. Le déclassement comme seule horizon pour leurs enfants! Ce qui menace, c’est le non-consentement à l’impôt et la décomposition française, baptisée «partition» par le Président Hollande.

Certes, Emmanuel Macron hérite de cette situation, mais aujourd’hui c’est lui qui tient le gouvernail. Aussi doit-il se former en accéléré, entendre, comprendre et répondre avec empathie.

Du fait de l’évolution de la composition du corps électoral, nombre d’élus, pour être reconduits, sont contraints, ou se croient contraints, d’adapter leur comportement. D’où un clientélisme ouvert ou larvé. On observe depuis l’intérieur à quel point les hommes et femmes du monde politique sont obsédés, et même terrorisés par la «diversité». Les sommes considérables injectées n’ont pas eu le retour escompté. Pire, elles ont suscité le ressentiment des uns envers les autres. Au lieu de créer de la cohésion, les politiques ont créé de la division.

C’est à l’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années. Les politiques se sont liés les pieds et les poings. C’est pourquoi nous ne devons pas attendre grand-chose du Parlement qui nous ressort, à intervalles réguliers, l’idée du vote de quotas annuels d’immigration alors même que la France peine à garantir un avenir décent à tous ses enfants.

Ce dossier doit être directement rattaché au Président de la République, qui en répondra devant les Français et devant l’Histoire. Les petits présidents travailleront pour être réélus, quand les grands, en œuvrant pour l’intérêt général, auront pour ambition d’inscrire leur nom en lettres capitales dans l’Histoire de France et celle de l’Europe.