2 – Mouvement des Frères Musulmans

Ressources humaines
Que signifie être Frère musulman en France ?

Les Frères musulmans, en dépit de l’influence conséquente dont ils disposent en France ne disposerait que d’un millier de “membres” au travers d’un réseau d’associations (environ 250) chapeauté par l’Union des Organisations Islamistes de France. Elle possède un grand nombre de militants ou de sympathisants qui se rassemblent lors de son congrès annuel au Bourget (plus de 100 000 visiteurs chaque année). Les membres de l’organisation frériste la finance (entre 2,5 % et 10 % de leurs revenus) selon leur degré d’appartenance.

Les frères musulmans ont eu une présence physique en France à partir de 1983 avec la création par Abdallah ben Mansour, alors étudiant tunisien, et par Zuhair Mahmood, alors ingénieur nucléaire irakien de l’Union des organisations islamiques en France à Nancy.

En 1989, l’Union des Organisations Islamiques en France devient l’Union des Organisations Islamiques de France puis en 2017 “Musulmans de France”. Par ces changements de noms, elle souhaite être perçue comme la représentante légitime des français de confession musulmane.

Anciennement membre du Conseil français du culte musulman, l’UOIF s’en détache en 2013 et cherche depuis à négocier sa réintégration.

Organisation
La création de l’UOIF va permettre de mettre en place un maillage territorial de plusieurs centaines d’associations en France. L’UOIF dépend elle-même de l’Union des organisations islamiques en Europe (UOIE ou FOIE) qui est assistée d’un Conseil européen pour la fatwa et la recherche, composé de 29 oulémas et présidé par Youssef al-Qaradawi.

Le chercheur Stéphane Lacroix explique qu’un «éphémère projet d’organisation internationale (al-tankim al-duwali) a bien tenté de les réunir dans les années 80». Mais il a échoué à cause de «divergences profondes entre Frères de différents pays. […] La nébuleuse frériste est plus proche de l’Internationale socialiste que du Komintern».

Le maillage sectoriel et territorial des associations liées aux Frères Musulmans vise à faire des ces derniers les principaux influenceurs des français de confession musulmane.

Ainsi, il existe des organisations dédiées aux « Étudiants musulmans de France », une Ligue française de la femme musulmane et une Association des imams de France.

Courant mai 2018, le schéma organisationnel des Musulmans de France a subi de nombreuses modifications, selon quatre trajectoires différentes :

  • Création de nouvelles fonctions
  • Trois nouveaux postes ont été ajoutés à l’architecture organisationnelle.
  • Moshen Gazou intègre l’organisation en qualité de Vice-Président de la Réforme.
  • Myriam Berkane rejoint le bureau en tant que chargée de mission pour la formation religieuse (imamat). Elle occupait précédemment des fonctions au sein des Étudiants Musulmans de France.
  • Anas Saghrouni devient chargé de mission pour les jeunes. En parallèle, il occupe la présidence des Étudiants Musulmans de France et est membre de l’exécutif du Forum européen des organisations musulmanes de jeunes et d’étudiants (FEMYSO).
  • Remplacement : Cinq recrutés viennent rejoindre les rangs du bureau national, aux postes de trésorier (Salim Agoudjill), chargés de communication (Houtmane Hassi), éducation (Mourad Djelbi), Mokhtar Sérijet (enseignement) et famille (Kamilia Serhal).
  • Migration de personnages clés : Précédemment membre du bureau exécutif chargée de la famille, Hela Khomsi est désormais chargée de la présentation de l’Islam. Cette figure des questions féminines, familiales et de la laïcité est à la tête de la Ligue Française des Femmes Musulmanes, administratrice du Forum Européen des Femmes Musulmanes.
  • Suppression de poste

Évolution chargée de symbole, la fonction de chargé du dialogue inter-religieux occupée précédemment par Azzedine Gaci.

Le maillage territorial des Frères Musulmans s’étend également au monde associatif et notamment à l’éducation des enfants et adolescents.

La transmission des valeurs des Frères Musulmans passe majoritairement par une présence accrue dans le tissu associatif. Très ancré dans le développement culturel et cultuel des villes, le réseau des Frères Musulmans accompagne le cycle de la vie des croyants, qu’ils soient ou non pratiquants. Ce réseau, structuré autour des grandes entités évoquées précédemment s’organise au niveau local grâce à la création d’associations ayant pour vocation de rassembler les musulmans ainsi que défendre leurs droits. Ces associations, souvent encadrées par des relais régionaux ou départementaux ont pour fondements les valeurs de l’Islam, la défense de la pratique cultuelle et les droits des musulmans.

Ces associations se structurent autour des grandes villes de France et de leur périphérie.

L’Ile-de-France et principalement le département de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise, la région des Hauts-de-France et tout particulièrement le département du Nord-Pas-de-Calais ainsi que le Rhône et la région PACA, notamment autour de la ville de Nice sont les régions françaises les plus actives ou influentes au niveau associatif. Structurellement, ces associations sont regroupées en entités régionales, elles-mêmes généralement reliées au réseau national des Frères Musulmans.

L’exemple de la région PACA est représentatif de l’organisation locale du réseau des Frères Musulmans sur une grande majorité du territoire national. Il s’agit d’une déclinaison des instances dirigeantes des Frères Musulmans via des relais associatifs locaux.

Doctrine
Les Frères musulmans sont nés en 1928 en Egypte sous l’impulsion d’Hassan al-Banna. Il s’agit incontestablement de l’organisation islamiste qui possède le plus d’influence dans le monde arabe.

La doctrine des Frères musulmans repose sur une conception fondamentaliste des textes coraniques. Les Frères défendent un retour à l’islam originel. Aussi, la Confrérie a largement contribué à théoriser le djihad moderne, notamment par le biais de Sayyid Qutb, véritable précurseur de l’islamisme révolutionnaire.

Le fond doctrinal des Frères musulmans repose sur le projet de création d’un Etat musulman théocratique – Califat – ainsi qu’une haine profonde de la civilisation occidentale et de son histoire coloniale.

Son implantation dans le monde est très large, du Proche-Orient, en Afrique et en Europe.La nature idéologique des Frères Musulmans s’incarne parfaitement dans leur devise « Dieu est notre but, le prophète notre chef, le Coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance ».

Le développement de la foi islamique dans la littérature d’Hassan el-Banna se subdivise en plusieurs étapes, en partant de l’endoctrinement de l’individu dès son plus jeune âge, en passant par le cadre de la famille, de la population dans son ensemble.

 

La stratégie qui réside dans le Tamkine se compose en plusieurs étapes qui prennent leurs sources dans les textes coraniques. En premier lieu, il s’agit de présenter et de propager l’islam dans sa dimension politique. En deuxième lieu, il s’agit de choisir les individus les mieux disposés à encadrer le mouvement d’islamisation. En troisième lieu, il convient de mener un combat à partir des failles repérées dans le système politique dans lequel s’inscrivent les Frères Musulmans.

Les Frères musulmans sont certainement l’organisation islamiste la plus dangereuse pour la démocratie française à moyen et long-terme. Aucun réseau islamiste ne dispose de telles ressources matérielles et intellectuelles. Les réseaux d’influence fréristes sont par ailleurs sans concurrence.

Méthode rhétorique traditionnelle des FM
La Taqiya est une technique sophistiquée du double discours et de la dissimulation des vraies convictions, des vraies opinions et des vraies intentions. Elle est loin d’être la seule technique de communication utilisée par les islamistes. D’autres techniques aussi efficaces peuvent être citées :

  • la Moudarah, forme de politesse simulée qui vise à imposer ses convictions progressivement, par à-coups, et sans les renier ostensiblement
  • la Moudahana correspond à l’action de renier ses convictions, en apparence, pour faire bonne figure et gagner la confiance d’un environnement hostile
  • le Ta’rid correspond au fait d’énoncer une « vérité » en l’habillant d’une dimension équivoque afin que l’interlocuteur comprenne tout le contraire de ce que l’on exprime

La doctrine appliquée par les Musulmans de France se concrétise à travers la réalisation de l’objet social de sa structure principale, déclinée en treize thématiques :

  1. faciliter aux musulmans la pratique de leur religion : a ; en leur prêtant assistance dans l’acquisition et l’édification de mosquées, la création d’établissements scolaires privés et la mise en place de lieux d’activités sociales, éducatives et culturelles ; b ; en mettant à la disposition des associations musulmanes par bail, prêt, commodat ou autres les locaux nécessaires à leur propre objet avec faculté le cas échéant, de sous location pour ces mêmes activités ou activités hors statuts dans la mesure où celles-ci restent accessoires à l’activité statutaire ;
  2. présenter et faire connaître l’islam, et ses valeurs d’ouverture et de tolérance, son éthique et sa morale ; en se basant sur une compréhension du juste milieu, et de modération, et une pratique authentique ;
  3. œuvrer pour la consolidation des valeurs d’élévation spirituelle et morale de chaque musulman, et de l’esprit d’amour et de fraternité entre les hommes ;
  4. défendre et représenter les intérêts de l’islam et des musulmans de France ;
  5. contribuer à promouvoir les valeurs éthiques et morales, dans le respect des libertés ;
  6. dispenser et promouvoir la formation religieuse, théologique et spirituelle musulmanes ;
  7. œuvrer pour la participation citoyenne des musulmans de France ;
  8. soutenir les jeunes musulmans de France à faire face aux défis de la vie moderne et à être indépendants, responsables et utiles ;
  9. établir, approfondir et organiser les liens entre les associations musulmanes de france et les aider à développer leurs compétences et à coopérer entre elles ;
  10. établir des liens d’amitié et de coopération avec les institutions et organisations similaires françaises, européennes et étrangères ;
  11. promouvoir le dialogue et la coopération avec les différentes familles religieuses de France, et les institutions de la société civile, en vue de renforcer la fraternité et la cohésion sociale ;
  12. encourager et soutenir toute initiative d’intérêt général, et en particulier, celle qui contribue à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion ;
  13. défendre les droits de l’homme, les libertés religieuses et la liberté de conscience ; combattre le racisme, l’islamophobie et l’incitation à la haine raciale ;

Economie
Les ressources financières dont disposent les Frères Musulmans en France sont particulièrement difficile à estimer et ne reposent pas sur les seules ressources de l’UOIF.

Concernant cette dernière, selon son président, Lhaj Thami Breze : « Le budget de fonctionnement de l’administration centrale tourne autour de 1 million et demi d’euros pour 11 salariés et une centaine de bénévoles ». A cette somme, il faut rajouter le budget nécessaire à l’organisation du rassemblement annuel au Bourget et quelques autres activités exceptionnelles (soit 3 millions d’euros selon le magazine Le Point).

Il faut également prendre en compte le financement autonome des 35 mosquées dont l’organisation est propriétaire. Le budget de l’UOIF approcherait sans doute les 5 millions d’euros annuels. Ce budget serait pour 60% la résultante de ses recettes (cotisations, bénéfices issus de son éditeur et organisateur d’événements GEDIS, 1.5 millions d’euros de CA en 2015) et pour 40% la résultante de dons d’Etats du Golfe et d’organisations proches de l’Arabie Saoudite.

En effet, de par son intégration dans le réseau transnational des Frères Musulmans, l’UOIF dispose de ressources financières en provenance de l’étranger et particulièrement des Etats du Golfe. Le principal vecteur de bénéfices pour l’UOIF serait son congrès annuel au Bourget.

Elle a également créé une fondation, Al-Wakf France qui est un organisme gestionnaire des dons religieux : les Waqf. Dans la tradition musulmane, le Waqf définit un dispositif d’affectation des rendements d’une propriété privée au service de l’intérêt général. La fondation Al-Wakf vise donc à recevoir des donations mobilières ou directement immobilières et de reverser les dividendes issus de la gestions de ces biens à “des structures utiles aux musulmans de France”. Dans les faits, Al-Wakf permet de financer les établissements scolaires liés aux Frères Musulmans : “une partie des dividendes a été reversée à des établissements scolaires privés”. L’organisation mise sur 11 millions d’euros de patrimoine d’ici vingt ans.

La banque Al-Taqwa, financier des frères
C’est en 1988 en Suisse qu’a été fondée la banque al-Taqwa Management, rebaptisée ensuite Nada Management Group à la suite d’une enquête antiterroriste américaine.

Opérant dans une trentaine de pays, la banque récolte des fonds en provenance des pays du Golfe pour les redistribuer à des groupes islamistes européens en lien avec les frères musulmans (ONG, centres islamiques, mosquées…).

Son fondateur et président, le milliardaire égyptien naturalisé italien, Youssef Nada, haut dignitaire des Frères musulmans au niveau international, dirige les affaires du groupe depuis Lugano. Parmi les actionnaires de la banque on compte notamment le téléprédicateur égyptien Youssef al-Qaradâwî ainsi qu’Ahmed Idris Nasreddin, cofondateur du groupe et ancien consul du Koweït à Milan (d’ailleurs interpellé après le 11 septembre 2001 en raison de ses liens présumés avec Al-Qaïda).

Selon les services de renseignement de plusieurs pays occidentaux, al-Taqwa Bank aurait constitué jusqu’au 11 septembre 2001 l’un des centres majeurs de financement de l’islamisme international dans le monde, y compris terroriste.

Révélé par les différentes enquêtes lancées contre la nébuleuse Al-Qaïda en Italie et en Suisse, le financement de groupes extrémistes s’est effectué via des ONG islamiques tel que l’association turque Insani Yardim Vakfi (qui défraya la chronique en 2010 à l’occasion de l’affaire de la flottille de Gaza). Cette puissante ONG turque, liée au Hamas palestinien, a soutenu notamment des groupes djihadistes palestiniens, tchétchènes, bosniaques, syriens, somaliens (al-Shabbab ; Al-Qaïda ; al-Nosra, etc.). Autre ONG islamique célèbre, liée à la fois aux Frères et aux monarchies du Golfe : l’Islamic Relief International Organisation, qui possède notamment un bureau à Milan.

En 2001, la police fouilla la maison de Lugano de Youssef Nada et y trouva un document de quatorze pages préparé en décembre 1982 et intitulé « Le projet », dans lequel était décrite dans les moindres détails la stratégie des Frères musulmans en Europe, répartie en douze points, et destinée à islamiser l’Occident par divers moyens comme la propagande, l’infiltration, l’entrisme, la promotion du « djihad guerrier » (à l’extérieur) et du « djihad verbal ».

En 2005, le rédacteur en chef du journal Le Temps, Sylvain Besson, publia un livre intitulé La conquête de l’Occident qui décrivait en détails la teneur de ce « Projet » . Le document exhorte les musulmans d’Europe à participer activement à la vie politique des pays d’accueil, afin d’influencer la société civile – pour qu’elle devienne davantage islamique – en passant par les organes exécutifs, parlementaires et syndicaux. Dans le même temps, tout faire pour ne pas se dé islamiser et à ne pas s’intégrer aux valeurs et règles considérées « impies ».

Stratégie
Qui a le droit de dire que la France dans trente ou quarante ans ne sera pas un pays Musulman ? Qui a le droit ? Personne dans ce pays n’a le droit de nous enlever ça. Personne n’a le droit de nous nier cet espoir là. De nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’Islam.
Personne n’a le droit dans ce pays de définir pour nous ce qu’est l’Identité Française”
Marwan Muhammad, prêche à la mosquée d’Orly, 2011.

Les Frères Musulmans poursuivent en France une stratégie à long terme qu’ils évitent de compromettre par des erreurs de communication publique. Ils revendiquent un respect intégral des valeurs et des lois de la République en les instrumentalisant habilement. Les Frères musulmans invitent leurs sympathisants à s’intéresser et participer à la vie démocratique, par les élections. De véritables consignes de vote sont données, notamment par des prédicateurs influents comme Hassan Iquioussen. Le vote des français musulmans doit être défini par l’unique intérêt de la communauté musulmane, dans l’exercice d’une forme de vote confessionnel.

Les Frères Musulmans se veulent une machine à fabriquer des citoyens confessionnels, mus par le seul avenir de leur communauté religieuse.

Pour réaliser ces desseins, les Frères Musulmans n’ont recours qu’à des moyens légaux et démocratiques, qui sont en définitive beaucoup plus efficace dans le cadre de leur projet.

Aussi faut-il aux Frères musulmans créer une vision du monde qui soit proprement islamique. Pour cela, ils produisent et diffusent des connaissances par différents canaux pour créer une pensée concurrente au mode de pensée occidental, qui est de type rationnel et empirique.

L’islamisation des connaissances, la fabrication d’un nouvel homme musulman
Dans ce cadre, une vraie stratégie d’islamisation de la connaissance” existe. Ainsi, la « rationalité occidentale » a vocation à être concurrencée par la conception islamique de la connaissance, dictée par la foi.

Le texte de référence en la matière émane du président de la principale structure des Frères musulmans en Europe, la Fédération des organisations islamiques en Europe (FOIE), Abdellah Benmansour avait publié un texte en 2006 intitulé « Cellule de la pensée » (Magazine Al-Europiya) qui contient une réfutation en règle de l’approche philosophique occidentale pour lui substituer une approche « islamique ».

Il présentait le mode de pensée occidental comme une « prison obscure » fabriquée autour de la pensée de Darwin, Marx, Durkheim et Freud.

Il est reproché à Darwin d’avoir « voilé l’horizon de la pensée humaine désireuse de connaître Dieu ». Marx est attaqué pour avoir déterminé « le mouvement de l’Histoire par la production économique ». Durkheim aurait eu le tort d’expliquer l’Histoire « par le besoin de l’homme de vivre en société » et de considérer que le but ultime de l’individu serait de « tisser des liens avec autrui pour atteindre le bonheur » en faisant fi de Dieu. Freud aurait eu le grand tort quant à lui d’expliquer le mouvement de l’Histoire « par l’instinct sexuel ».

La conclusion de Benmansour est sans détour et condamne le mode de pensée occidental en ces termes : « La civilisation des quatre murs était née. Son objet était de nier toute existence de Dieu dans l’univers, pour que l’homme jouisse du bonheur dans la perversité ».

Sur le rapport de la Foi et de la Raison, Benmansour établissait que « Si l’une et l’autre ne sont pas des vérités formellement établies, la priorité est accordé au religieux, en attendant de confirmer ou de contredire ce qu’avance la Raison ».

Ces écrits d’un haut responsable des Frères Musulmans sont corroborés par le prédicateur islamiste le plus influent du monde, Youssef Al-Qaradawi. Ce dernier écrit : « La science comporte beaucoup de théories qui n’ont pas atteint le degré de vérité établie. Par exemple, la théorie de Darwin. C’est une simple hypothèse qui n’a pas été prouvée par l’expérimentation. Elle ne peut donc être considérée comme une vérité établie. Il est donc interdit d’interpréter les textes religieux. »

Il ajoute : « On ne peut interpréter le Coran ou la Sunna afin que leurs textes concordent avec la théorie de Freud en psychologie, ou la théorie de Durkheim en sociologie, ou avec celle de Marx en économie, car toutes ces théories ne sont pas des vérités scientifiques exactes »

Cette « islamisation de la connaissance » est symptomatique de la volonté des Frères Musulmans de faire de l’islam un fait totalitaire et globalisant. Dans la tradition philosophique européenne, la Foi est convoquée par la Raison pour se justifier, le projet fondamentaliste des Frères Musulmans y substitue l’opération contraire.

Cette stratégie s’inscrit dans un schéma plus large autour de deux grandes composantes que sont la vie associative et l’éducation.

Les Frères Musulmans tentent d’être présents à toutes les étapes de la vie des musulmans.

Qu’il s’agisse de la vie familiale, de l’éducation ou encore de l’apprentissage de la langue arabe et de la connaissance du Coran. Les Frères Musulmans sont présents à différents niveaux afin que leurs messages puissent être délivrés au plus grand nombre de croyants.

Pour propager leurs messages, différentes stratégies sont à l’œuvre. Tout d’abord, une stratégie d’appartenance communautaire répondant à un besoin d’identité. En répondant à ce besoin d’identité et en faisant passer les valeurs de la communauté musulmane avant celles de la République, les Frères Musulmans arrivent à rassembler autour d’un idéal commun. Cette stratégie d’appartenance s’accompagne, dans les discours, de références à la “oumma” qui désigne la communauté musulmane et d’un fort rejet de la critique et de la différence.

Le réseau des Frères Musulmans est bâti autour de l’imperméabilité de la communauté. Les attaques, qu’elles soient internes ou externes à la oumma, ne sont pas gérées de la même manière. Si les attaques sont internes à la communauté, la personne incriminée sera exclue et décrédibilisée auprès de la oumma. Elle deviendra une cible d’attaques et parfois même de menaces. Lorsque l’attaque vient de l’extérieur, la stratégie est triple : décrédibilisassions, victimisation et appartenance.

Le cas de Tariq Ramadan en est l’exemple concret, la première approche consiste en une remise en cause des éléments reprochés à l’accusé ainsi qu’à la légitimité de l’accusatrice.

La seconde phase s’amorce avec une stratégie de victimisation, méthode la plus utilisée par le réseau des Frères Musulmans pour expliquer les raisons des attaques subies par cette communauté. Ayant déjà avancé le manque de crédibilité des attaques ou des attaquants, il convient ensuite d’expliquer les réelles raisons de telles attaques. Le terme islamophobie fait alors son entrée dans le lexique des communicants.

La dernière phase correspond à la clôture de l’incident, elle a pour but de resserrer les rangs et de s’assurer du soutien de la communauté envers un frère injustement attaqué.

Elle fait résonner appartenance à la oumma et exemplarité religieuse. Elle met en parallèle la soumission à Dieu et celle à la communauté. Elle érige donc la communauté au même niveau que la religion et devient ainsi indispensable à la bonne exécution de la foi musulmane.

Ce besoin d’appartenance couplé à l’idée selon laquelle la oumma est nécessaire à la bonne réalisation de sa foi engendre une présence exacerbée du réseau des Frères Musulmans dans le quotidien des fidèles voire des non pratiquants.

Par leur présence dans le tissu associatif et dans le monde éducatif français, les Frères Musulmans tendent à remplacer les valeurs de la République par les valeurs religieuses

Information – Communication
Le changement de nom de l’UOIF au profit de « Musulmans de France » répond à une volonté de se constituer comme structure de référence dans la représentation des français de confession musulmane. La publication de la « Charte des valeurs et principes » de la nouvelle association est révélatrice de son rapport …. Avec la loi de 1905 qui n’est pas mentionné une seule fois dans le texte fondateur. La liberté de conscience, notion fondamentale de la laïcité, est également aux abonnés absents. Cette liberté de conscience, qui garantit le droit de ne pas croire, la liberté de culte et le droit de changer de religion, est en contradiction fondamentale avec la doctrine des Frères Musulmans, ce qui explique certainement la frivolité de cette nouvelle association avec les valeurs fondamentales de la République.

Ce changement de dénomination n’a été que partiellement retranscrit en ligne, le site officiel du mouvement restant uoif-online.com.

Evolution
«Dans les années 70 et 80, la priorité était que la première génération d’immigrés garde sa religion et ses références musulmanes, explique Omero Marongiu. Par la suite, il s’est agi de porter et de cultiver une identité musulmane forte.»

Sans conteste, l’UOIF, avec le renfort de Tariq Ramadan, a joué un rôle capital dans la réislamisation de la deuxième génération, connaissant ses heures de gloire entre 1990 et Par la suite, elle a été concurrencée par la nébuleuse salafiste, en pleine expansion.

Grâce notamment à son réseau d’associations locales et de mosquées (une centaine dont certaines très importantes, comme à Bordeaux, Lille ou Saint-Etienne), à ses deux instituts de formation d’étudiants et d’imams, et à sa trentaine d’écoles, les Frères Musulmans conservent une grande influence en France. Ces dernières années, l’UOIF a mis l’accent sur la création d’établissements scolaires, retrouvant l’une des intuitions initiales du fondateur Hassan el-Banna.

Si la première édition de la Rencontre annuelle des musulmans de France, en 1983, avait réuni environ 300 personnes, celle qui s’est tenue en 2006 en a réuni environ 100 000 personnes et celle de 2016 environ 200 000 personnes.

Aussi, le défi qui se présente aux Frères Musulmans est le renouvellement générationnel. En effet, les personnalités les plus influentes du mouvement sont souvent au moins sexagénaires et ne sont pas français. Cette notabilisation du mouvement dirigeant n’est pas de nature à augmenter l’audience des Frères Musulmans auprès des jeunes, ressource clé sur le marché du croire.