Mouvement Turc
« Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes, les croyants nos soldats. »
“Personne ne peut vous demander d’être assimilés. Pour moi, le fait de demander l’assimilation est un crime contre l’humanité, personne ne peut vous dire: renonce à tes valeurs »

Recep Tayyip Erdogan

Ressources humaines
D’après les consulats turcs en France, 600.000 individus turcs ou binationaux sont présents sur le territoire national (611.515 en 2013). 200.000 Turcs seraient également en situation irrégulière, ce qui porterait leur nombre à plus de 800.000, soit d’après l’INSEE, la quatrième communauté étrangère en France. Ils sont répartis sur l’ensemble du territoire français, et en particulier dans quatre grandes villes, dont Paris avec plus de 250.000 ressortissants, Strasbourg avec près de 150.000, Lyon avec plus de 100.000, et Marseille avec plus de 60.000.

Cette forte présence (1) résulte d’une immigration grandissante à partir des années 1980, immigration tardive si on la compare à l’immigration maghrébine et africaine, tirée par le regroupement familial. Elle est aussi la conséquence de nombreuses naissances sur le territoire français. Le taux de fécondité d’une femme turque en France se trouve aux alentours de 3 enfants par femme, contre près de 2 pour une femme de la population française.

Tout comme l’immigration maghrébine, l’immigration turque en France est composée d’une très large majorité de musulmans. Ceux-ci viennent principalement de deux courants de l’Islam, le sunnisme, religion majoritaire en Turquie, et l’Alévisme. La pratique de l’Islam dans la communauté turque est très répandue. Sur les 2500 mosquées recensées en France, 250 sont directement liées à « l’Islam turc », tandis que 200 autres seraient sans lien direct avec l’État turc. De même, d’après un rapport du Sénat, « sur les 301 imams, salariés par leurs États d’origine, détachés en France, on trouve 151 turcs ».
À la différence de l’immigration en provenance du continent africain, l’immigration turque est dénuée de tout lien d’origine coloniale avec la France. Cette donnée est essentielle. Elle permet de souligner les difficultés d’assimilation de cette communauté, étrangère à la culture française, à sa langue, à son fonctionnement et à son administration.

Les populations immigrées turques sont particulièrement réputées pour leur discrétion et leur non-assimilation. Ceci ne peut s’expliquer par l’anthropologie, comme l’explique Emmanuel Todd dans son ouvrage « Qui est Charlie, sociologie d’une crise religieuse, évoquant même « un problème turc ».

En comparant les Turcs aux populations maghrébines, il apparaît que les premiers connaissent une bien plus faible endogamie familiale, tout en garantissant aux femmes un statut social bien plus élevé. Ces données étonnent car elles ne permettent pas de bien comprendre le communautarisme turc. Il convient pour cela de se référer à une véritable stratégie politique établie par le président Erdogan, que nous traiterons dans les sections «stratégie » et « information et influence ».

Le président s’appuie d’ailleurs sur des populations immigrées provenant de la Turquie rurale plutôt conservatrice, expliquant ainsi ses succès électoraux dans la diaspora turque en France, et même en Europe. Cette diaspora en France est d’ailleurs régulièrement médiatisée à l’approche des élections en Turquie, notamment suite aux déplacements du président Erdogan dans l’est de la France, pour tenir ses meetings politiques.

Histoire de l’implantation en France
L’immigration turque (2) en France est relativement récente. Elle se développe à partir des années 1980. Dès l’origine, c’est le « miracle économique » allemand qui attire. Or, les populations doivent s’en détourner peu à peu lorsque la RFA décide d’abandonner sa politique d’accueil des « travailleurs étrangers » (Gastarbeiter), en vigueur entre les années 50 et 70, au profit de régions proches de l’Allemagne. La France apparaît alors comme un territoire attrayant, de par sa frontière commune avec l’Allemagne. La région « Grand-Est » devient alors une terre d’accueil pour des dizaines de milliers de Turcs. Un accord signé en 1965 à Ankara, sur le recrutement de travailleurs turcs, va faciliter ces migrations, avant que la France ne s’en détourne en 1974, suite aux difficultés économiques résultant des chocs pétroliers.

L’immigration turque est fondamentalement économique, résultant en partie de troubles politiques en Turquie, ayant dégradé la situation économique du pays. À la suite de conflits entre nationalistes et militants de gauche, du coup d’État de 1980, et des violences vis-à-vis des Kurdes dans les années 1990, l’économie de la Turquie a décliné, poussant un grand nombre de ses ressortissants à émigrer.

En France, certaines régions ont été particulièrement accueillantes pour ces populations, dont l’Alsace, la région lyonnaise, et la région parisienne. Les Turcs s’installent dans les grandes agglomérations, mais aussi dans les petites communes.

Le solde migratoire des populations venant de Turquie continue d’augmenter chaque année en France, entre 20.000 et 35.000 personnes, ce qui en fait un des soldes positifs les plus importants.

 

Symbole aujourd’hui de la forte présence turque en France, et de son influence, le Conseil français du Culte musulman (CFCM) a nommé à sa tête au 1er juillet 2017 un Franco-Turc, Ahmet Ogras.

 

 

(1) Ministère de l’Intérieur, Direction générale des étrangers en France, Département des statistiques, des études et de la documentation, « La fécondité des descendantes d’immigrés est proche de celle de la population majoritaire », numéro 79, 2015.
(2) Petek Gaye, Elele (coord), « I’immigration turque en France : permanence et actualité Hommes et Migrations » n° 1280, juillet-août 2009.

 

Organisation
À partir des années 1980, l’État turc commence à s’intéresser à ses populations émigrées, cherchant à recréer du lien avec elles. Ce sera le rôle du Ministère des Affaires religieuses, le Diyanet, organisme gouvernemental proche du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère des Turcs en émigration, dont l’un des actes fondateurs sera de créer l’Union turco-islamique des Affaires religieuses (DITIB).

La DITIB a un rôle essentiel, encore aujourd’hui, dans « l’islamisation » des diasporas turques. En effet, elle a pour prérogative de les fédérer, de leur enseigner les préceptes de l’Islam, au travers d’organisations culturelles et cultuelles, d’organiser le pèlerinage à la Mecque et de rapatrier les corps pour les enterrements en Turquie, et ce avec l’accord du Ministère des Affaires étrangères français et du Ministère de l’intérieur.

L’on estime que le DITIB gère plus de la moitié des mosquées et salles de prières turques en Europe, faisant de la Turquie un pays particulièrement impliqué dans la gestion de ses diasporas, bien plus centralisateur que des pays comme le Maroc ou l’Algérie.

Chaque Consulat turc a, en son sein, un représentant du DITIB, dont le rôle est de surveiller les lieux de cultes turcs et d’inspecter les imams, eux-mêmes contraints à respecter les demandes du pouvoir central, notamment concernant le prêche du Vendredi, contenu dans une lettre d’information, « le bulletin du Diyanet ».

Sur les 301 imams envoyés officiellement par des pays étrangers, et salariés par eux, 151 sont sous le contrôle du DITIB.

Le DITIB est aujourd’hui représenté par trois fédérations en France, à Paris, à Lyon et à Strasbourg. Cette dernière est incontournable dans l’étude du phénomène turc dans le Grand-Est. Elle contrôle environ 60 mosquées, avec 10 employés, et un budget annuel de près de 500.000 euros (2015). Alors qu’elle était historiquement ancrée dans la ruralité, la fédération DITIB du Grand-Est rejoint ses rivaux historiques, le Millî Görüs et le Rassemblement des musulmans de France, dans les grandes villes, dont Strasbourg.

Le DITIB de Strasbourg est en effet en pleine croissance depuis plusieurs années, développant de nombreux projets, dont l’ouverture d’un lycée privé en octobre 2015 dans la capitale alsacienne. Cet axe de développement est caractéristique de ce mouvement, comme l’explique Samim Akgönül, chercheur au CNRS et Maître de conférences à l’Université Marc Bloch de Strasbourg.

« Les courants islamiques turcs d’Europe ont développé un islam social extrêmement actif. Focalisées sur le resserrement des liens communautaires, leurs actions se développent sur trois axes: création de mosquées, enseignement avec une réaffirmation de valeurs traditionalistes teintées d’ottomanisme et entraide sociale et scolaire ».

 Autre mouvement particulièrement influent dans la communauté turc, la Confédération Islamique Millî Görüs (« vision nationale »), qui s’inscrit comme le concurrent principal du DITIB (Gilles Kepel, Les banlieues de l’islam. Naissance d’une religion en France, Paris, Le Seuil, 1991, p. 278).

 Son rôle est similaire. Il se définit comme :
« une organisation active dans les domaines religieux, sociaux et culturels. C’est dans ce cadre que notre organisation propose différentes activités afin de mieux apprendre, enseigner, vivre, transmettre la religion aux générations futures et la faire connaître tout en accomplissant ses obligations. Elle s’intéresse à tout ce qui concerne les musulmans, œuvre pour améliorer leurs conditions de vie et pour préserver leurs droits fondamentaux. ».

Le Millî Görüs est membre statutaire du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Il contrôle les diasporas turques, avec cependant une doctrine différente de celle du DITIB, proche des Frères musulmans, et nostalgiques de l’Empire ottoman, comme nous le verrons dans la prochaine section, « doctrine ». Le président Erdogan en est directement issu.

Le Millî Görüs est présent en France depuis les premières arrivées des immigrés turcs, son rôle fondamental consiste dans la construction de mosquées. Cette ancienneté sur le territoire national lui confère une légitimité, ainsi qu’une structure, notamment en Arabie Saoudite, où un pavillon lui permet d’avoir une place privilégiée dans l’organisation des pèlerinages (hajj et Oumra). Il peut aussi compter sur les 70 mosquées de la confrérie islamique turque Milli Görüs, très implantée dans l’est de la France.

Depuis sa montée en puissance à partir de 1995, le Millî Görüs ne cesse d’être la source de conflits avec les locaux. Désormais implanté dans de nombreuses villes, dont la région parisienne, Lyon, Annecy, Orléans, etc, ce mouvement fait souvent l’objet de plaintes.

 

Plainte révélatrice, celle portée par le parti d’extrême-droite Alsace d’abord (ADA), concernant la construction d’une mosquée à Strasbourg, l’un des projets les plus importants d’Europe, qui a été débouté par l’État. Le mouvement a également été autorisé par la Mairie de Bordeaux, le 21 mai 2016, à tenir un stand en centre-ville à l’occasion du mouvement « permettez, je suis musulman ».

 
 

 

En parallèle du DITIB et du Millî Görüs, la communauté turque détient d’autres associations, officiellement apolitiques. L’Union des démocrates turcs européens (UETD) est considérée comme la plus influente. Ahmet Ogras, aujourd’hui président du Conseil français du culte musulman (CFCM), fut son président pendant plusieurs années. Cette association est particulièrement proche du parti au pouvoir en Turquie, l’AKP, le parti du président Erdogan.

Autre instrument d’influence majeur du pouvoir turc, le parti politique égalité justice (PEJ), créé en 2015, et né de l’association Jeunes Turcs, établi en France en 1980. Le PEJ est aussi lié à l’association du Conseil pour la justice, l’égalité et la paix (COJEP), ONG internationale considérée comme un relais de l’AKF.

Ce parti politique, créé en 2015, échoua à passer le 1er tour des départementales dans l’est, et présenta 68 candidats aux dernières législatives de 2017.

Son programme politique s’inscrit dans la tradition des partis islamiques, en proposant un projet radical, de contre-société, enrobé dans un discours de « lutte contre l’islamophobie ». Le PEJ souhaite abolir la loi de 1905 sur la séparation entre l’Église et l’État, fondement de la laïcité, et prévoit de revenir sur la loi du voile à l’école. Il promet de mettre au coeur de sa politique la solidarité communautaire, contre les principes constitutionnels de « république une et indivisible », et contre les droits individuels.

Ce parti est symbolique de la volonté d’Ankara d’influencer les pays européens par l’intermédiaire de sa communauté expatriée, et de pousser à l’islamisation du continent. Il ne s’agit pas du seul parti politique de « confession musulmane » en France. «Français et musulmans » est un parti politique proche de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), très proche des Frères Musulmans.

D’après Kamel Daoud, écrivain algérien, « Le but [d’un parti islamiste] est le monde, pas un mandat. Sa mécanique est déjà rodée dans nos pays au sud : il prend le pouvoir au nom de la démocratie, puis suspend la démocratie par usage du pouvoir. Au mieux. Au pis, il opte pour la démarche du crabe qui garde ses pinces derrière son dos : pas d’ambitions politiques affichées, mais une ambition millénaire dans la tête : convertir les habits, les corps, les liens, les arts, les crèches, les écoles, les chants, la culture, puis attendre que le fruit tombe dans le creux du turban… Un parti islamiste est un piège ouvert … Si on le refuse, on bascule soi-même dans la dictature, mais si on l’accepte, on s’y soumet… ».

Le réseau d’influence turc s’appuie aussi sur un tissu de supports médiatiques particulièrement suivi, dont la webtélé Média France TV, les sites internet Medyaturk.info et Red’Action, ainsi que des comptes sur les réseaux sociaux, dont la page facebook « la renaissance turque », suivie par 219.000 personnes.

(Logo du compte facebook « la renaissance turque »)

 

Doctrine
L’Islam porté par la communauté turque diffère de celui des autres mouvances car il est directement lié et dépendant d’un État, dans ses traditions soufies, mais aussi dans sa conception de la laïcité. Celle-ci est spécifique, il s’agit pour l’État ottoman de contrôler la religion.

Un mouvement comme le Millî Görüs, est particulièrement dominant dans l’influence de l’Islam turc en France et en Europe. Il porte des valeurs telles que l’anti-occidentalisme, l’anti-maçonnisme et le refus de la laïcité, notamment par la volonté de faire porter le voile aux femmes, même au sein des établissements scolaires. Son logo est très explicite de ce point de vue, il représente une Europe entourée d’un croissant islamique.

 

L’Islam turc est donc conquérant en Europe, et joue un rôle important dans la faible intégration et la non-assimilation des populations émigrés. Seul avantage de cette mouvance, extrêmement contrôlée, elle permet de freiner le développement du salafisme au sein de la communauté.

Economie et soutiens
La mouvance islamique turque se finance au travers de plusieurs vecteurs.

En premier lieu, le rôle actif de la Turquie lui confère une grande structuration, avec à sa tête la présidence des affaires religieuses (Diyanet). Il est à noter que plus de 100.000 fonctionnaires travaillent pour ce ministère, dont des attachés et des conseillers religieux au sein des consulats et ambassades turques.

L’État turc se refuse à participer à la construction de mosquées. En revanche, il apporte un soutien financier de taille en détachant et en rémunérant des imams en Europe.

Dans un second temps, la société civile joue un rôle primordial dans le financement.

Les réseaux turcs sont particulièrement actifs et généreux, permettant de financer de nombreuses opérations, comme l’achat par le DITIB Strasbourg de cinq immeubles, par des fonds à la hauteur de 15 millions d’euros, récoltés depuis la France, mais aussi depuis l’Allemagne et les Pays-Bas.

Autre vecteur de financement, les activités de formation, permettant aux mouvances de s’autofinancer, par l’organisation de séminaires, d’assemblées, etc.

Le Millî Görüs connaît également des facilités pour trouver des fonds. La mosquée Eyyûb Sultan à Strasbourg, en cours de construction, nécessite 32 millions d’euros de budget. Cette mosquée, qui abritera aussi un centre culturel, pour devenir l’une des plus grandes d’Europe, est financée par les dons des musulmans du Millî Görüs, en France, mais aussi en Europe. Le mouvement se sert notamment de ses mosquées pour recueillir des dons, allant de 10 à 1000 euros par mois selon les personnes, mais aussi des réseaux sociaux.

L’association CIMG Strasbourg, liée au Millî Görüs, est en première ligne pour trouver des fonds réguliers, prélevés mensuellement sur les salaires de volontaires. La souscription locale est la première étape du financement, avant d’appeler à l’aide le réseau européen particulièrement vaste, avec 500.000 fidèles et 500 mosquées.

(Maquette de la future mosquée Eyyûb Sultan)

 

Stratégie
Depuis la prise de pouvoir du président Erdogan, la Turquie a retrouvé des ambitions géopolitiques très élevés. Le président Erdogan a élargi ses prérogatives présidentielles, a remis en cause la laïcité dans le pays, au profit d’une réislamisation massive.

L’instrumentalisation de l’islam dans la vision géopolitique d’Erdogan est manifeste, y compris en Europe. À cette fin, il détient un atout de poids, des millions d’émigrés turcs installés en Europe, notamment en Allemagne, mais aussi dans une très large mesure en France.

Le président Erdogan a l’habitude de s’adresser à ces communautés, en leur ordonnant de ne pas s’assimiler dans leur pays d’accueil. Il affirmait en 2010 : « personne ne peut vous demander d’être assimilé. Pour moi, le fait de demander l’assimilation est un crime contre l’humanité, personne ne peut vous dire : renonce à tes valeurs ». Erdogan encourage également la diaspora turque à adopter la nationalité de leur pays de résidence, tout en gardant la nationalité turque.

Erdogan cherche à profiter de la complaisance des pays européens dans l’accueil de ses immigrés pour imposer ses visées géostratégiques. La Turquie se positionne en concurrente d’Etats arabes, comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, ou les pays du Maghreb, dans le jeu géopolitique islamique.

Les formations théologiques représentent une autre stratégie turque de promotion des valeurs islamiques au-delà de ses frontières. Chaque année, près de 200 jeunes Français partent en Turquie pour recevoir un enseignement religieux, l’État turc3 espérant les recruter pour faire monter en puissance sa conception de l’Islam en France.

Information – Communication
Au 1er juillet 2017, Ahmet Ogras, un franco-turc, est devenu président du Conseil français du Culte Musulman (CFCM), pour une durée de deux ans. Il fut nommé à la suite d’un vote à main levée, montrant l’influence exercée par la communauté turque en France.

C’est la première fois qu’une personne de cette communauté prend cette fonction, jusqu’alors occupée par des Algériens et par des Marocains depuis la création du CFCM en 2003.

 

3 Benjamin Bruce, « Les imams « exportés » de la Diyanet en France : enjeu de politique étrangère, enjeu de politique intérieure », Cahiers de l’obtic, décembre 2012, n°2.

 

Cette nomination a inquiété un certain nombre d’observateurs, tant la proximité entre Ahmet Ogras et le président Erdogan est importante. Certains avancent même le fait qu’ils ont des liens familiaux, la nouvelle que leurs femmes étant cousines étant sortie dans la presse, à tort ou à raison. Avant sa nomination au poste de président du CFCM, Libération sortait en juin 2016 un article intitulé « Ahmet Ogras, tête de pont d’Ankara dans l’islam français ». Il est en effet une figure majeure de l’influence turque en France.

Il fut un des fondateurs de la section française de l’Union des démocrates (UDTE), proche du parti d’Erdogan, l’AKP, pour l’entrée de la Turquie en Europe, et niant le génocide arménien. C’est lui qui organisa en janvier 2012 la grande manifestation contre la loi sur le génocide arménien. D’après le sociologue Franck Frégosi, Ahmet Ogras « correspond à une génération sur laquelle veut s’appuyer désormais Ankara ».

Autre moyen de communication d’influence de cette communauté, les déclarations régulières du président Erdogan, en particulier lors de ses déplacements en Europe, notamment au cours des campagnes électorales. Cette stratégie du président turc a été critiquée jusqu’au sein du ministère français de l’intérieur, qui parle d’entrisme dans un de ses rapports, tout comme Samim Akgönül, historien de l’université de strasbourg, qui explique que « La Turquie pratique l’entrisme depuis plusieurs années et la religion et l’éducation sont les deux portes d’entrée».

Le 20 mai 2018, acclamé par des « Allah akbar », Erdogan rappelait à Sarajavo devant ses militants ses velléités vis-à-vis de l’Europe. «J’ai une demande à vous faire, prenez un rôle actif dans les partis politiques dans les pays où vous vivez ». ()

Evolution
La mouvance turque est aujourd’hui dans une réelle dynamique démographique et idéologique. La présence d’un président du CFCM franco-turc, visité par le président Erdogan à Paris en janvier 2018, est une aubaine dans la stratégie turque. Elle cherche à rassembler autour d’elle un maximum des musulmans en France, en diminuant l’influence des pays comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, comme elle a pu le faire en Allemagne.

Ouvrages :
Kepel, Gilles, Les banlieues de l’islam. Naissance d’une religion en France, Paris, Le Seuil, 1991, p. 278
Todd, Emmanuel, Qui est Charlie, sociologie d’une crise religieuse, Le Seuil, 2015

Rapports et études :
Ministère de l’Intérieur, Direction générale des étrangers en France, Département des statistiques, des études et de la documentation, « La fécondité des descendantes d’immigrés est proche de celle de la population majoritaire », numéro 79, 2015

https://www.senat.fr/fileadmin/Fichiers/Images/commission/missions/islam_en_france/14-Brochure_Mission_Islam.pdf

(Petek Gaye, Elele (coord.), Immigration turque en France : permanence et actualité Hommes et Migrations n° 1280, juillet-août 2009)

Akgönül Samim, Islam turc, islams de Turquie : acteurs et réseaux en Europe, Revue de Politique étrangère, Printemps 2015

(https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2005-1-page-35.htm)

Bruce, Benjamin, Les imams « exportés » de la Diyanet en France : enjeu de politique étrangère, enjeu de politique intérieure, Cahiers de l’obtic, décembre 2012, n°2

Travaux parlementaires :
Sénat, Comptes rendus de la MI organisation, place et financement de l’Islam en France, Audition de Son Excellence Hakki Akil, ambassadeur de Turquie en France

Liens internet complémentaires:
https://www.nouvelobs.com/monde/20170407.OBS7705/comment-le-parti-d-erdogan-s-infiltre-enfrance.html

https://www.lexpress.fr/actualite/politique/egalite-et-justice-le-parti-communautariste-islamo-turc-qui-selance-aux-departementales_1658413.html

https://www.la-croix.com/Religion/Islam/En-France-lislam-turc-cultive-specificite-2017-06-28-1200858855

https://www.lemonde.fr/religions/article/2017/06/21/avec-ahmet-ogras-l-islam-turc-arrive-a-la-tete-ducfcm_5148373_1653130.html

https://www.courrierinternational.com/article/erdogan-defie-leurope-avec-un-meeting-deguise-sarajevo

https://www.challenges.fr/france/les-visees-turques-sur-les-musulmans-en-france_568445

Site internet français du Millî Görüs (http://cimgfrance.fr/