EDUCATION :  Un besoin de vérité.

Nous avons un ministre de l’Education Nationale qui s’est construit une bonne popularité, en semblant revenir à une certaine tradition, peut-être plus fantasmée que réelle, rassurante et en demandant aux enseignants de revenir aux « fondamentaux », lesquels n’ont d’ailleurs jamais été, du moins dans les discours, remis en cause ou contestés par ses prédécesseurs.

L’opinion sent bien que l’école n’obtient pas les résultats que le pays est en droit d’attendre d’elle. Les classements internationaux constatent le déclassement régulier des jeunes français, par rapport à ceux des autres pays.

Néanmoins, les pourcentages de succès au baccalauréat 2018 ont encore dépassé ceux de l’année précédente. Les déboires de la majorité des bacheliers dans l’enseignement supérieur, régulièrement dénoncés par des universitaires et confirmés par les statistiques officielles, ne semblent pas remettre en cause un système à produire des diplômes « en chocolat ». D’ailleurs le dispositif « Parcoursup », qui introduisait, à dose très homéopathique, une espèce de sélection minimale, a été contesté pour cela même et l’on a entendu de bonnes âmes réclamer que « tous puissent avoir accès à la formation de leur choix ». L’idée de prérequis nécessaires, pour envisager avec de bonnes espérances de succès tel ou tel cursus,  pourrait sembler de bon sens. Dans les faits, elle a du mal à s’imposer.

Déclassement dès l’école primaire et le collège, difficultés et échecs à la sortie du lycée : tel apparaît le constat d’aujourd’hui. Néanmoins, tous ne souffrent pas des mêmes maux et les élèves issus de milieux culturellement favorisés continuent à s’en sortir, évidemment. Dans les faits, le recrutement des élites s’est socialement rétréci par rapport aux années 70 et 80 du précédent siècle. On a moins de chances de s’élever socialement et professionnellement aujourd’hui, si l’on est issu d’un milieu modeste.

C’est pourquoi, une mesure comme le dédoublement des classes de CP, puis de CE1, initié par Luc Ferry sous la présidence Chirac, et reprise par J-M. Blanquer est une excellente disposition, car elle vise à affermir les bases des enfants issus de milieux les moins favorisés.

Le ministre demande l’ évaluation des acquis des élèves à diverses étapes de leur scolarité pour mesurer à la fois leurs lacunes et leurs forces. On dispose d’outils fiables pour le faire à condition de « jouer le jeu » et de procéder honnêtement. De telles données, qui ne doivent pas rester confidentielles, permettront de savoir « où en sont » nos jeunes  et sans les stigmatiser de travailler à renforcer leurs capacités.

Cette « opération vérité » gêne, paradoxalement, un certain nombre d’acteurs de l’Education Nationale, comme si le fait de pouvoir comparer les connaissances et compétences d’un élève avant et après un certain temps de scolarité, (pourquoi pas 1 an) devenait un handicap pour sa progression, alors que c’est exactement l’inverse.

Il est bien évident que 2 élèves de niveau équivalent au départ, n’auront pas forcément progressé de la même manière, s’ils sont dans 2 établissements différents, s’ils sont encadrés par des équipes différentes etc… mais aussi si les conditions familiales se détériorent chez l’un et pas chez l’autre, etc… Bref, de multiples facteurs interviennent et l’école ne peut pas tout, mais elle doit accepter d’examiner sérieusement ce qui relève d’elle sans chercher à s’autoflageller, ni à dissimuler ses manques. Elle peut agir sur son propre fonctionnement en ayant une claire conscience de ses réussites, qui sont incontestables, et de ses déficiences, qui pénalisent  encore bien de nos jeunes.

C’est pourquoi, ce besoin de vérité s’impose plus que jamais, on ne peut pas continuer à délivrer des diplômes démonétisés ni refuser de voir et de savoir les acquis effectifs des élèves, tout au long de leurs études.  Ce serait pervers moralement et socialement coupable.

Cette responsabilité n’incombe pas aux seuls acteurs de l’Education, elle exige aussi du courage politique, le refus de l’imprécation et du dogmatisme, la sortie de l’idéologie égalitariste ou de la simple logique comptable. C’est un défi considérable et un enjeu qui ne concerne pas seulement les gouvernants d’aujourd’hui, mais la société entière.